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Les ingénieurs des mines et la réindustrialisation

Note du directeur de l'Ecole des mines de Paris aux ingénieurs-élèves du Corps des mines, 1922

Note exprimant le besoin urgent en ingénieurs du Corps

des mines, sur demande de M. Guillaume,

Directeur des mines. Les ingénieurs se retrouvent

face à des "nécessités impérieuses de service". 

Un secteur sinistré

 

Certains sites miniers et métallurgiques français ont été occupés par les allemands dès août 1914 et le personnel réquisitionné. Lors de la retraite en 1918, des destructions et des évacuations ont été menées, causant la désorganisation et l'arrêt de plusieurs lieux de production. 

Le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais a beaucoup souffert. Sur 150 fosses en activité en 1914, 103 ont été détruites. Pour les autres régions minières aussi la comparaison des chiffres de production d'avant-guerre et d'après-guerre est éloquente : "avant la guerre la Meurthe-et-Moselle, la Lorraine et le Luxembourg réunis produisaient 48 000 000 de tonnes de minerai. Les usines de Lorraine n'atteignent pas 40 % de leur production d'avant guerre", indique François de Wendel

Le besoin en ingénieurs compétents est d'autant plus grand. La reconstitution de l'industrie minière française répresente un défi auquel se sont attelés les anciens élèves et les jeunes diplômés de l'École des mines de Paris dans les années 1920. 

En témoigne le parcours des ingénieurs tels que :

Lettre de Léon Daum à Gabriel Chesneau,16 août 1919

Lettre de Léon Daum, directeur du service de contrôle des mines du bassin de la Sarre au directeur de l'École. Il évoque trois ingénieurs civils tout juste diplômés ("vos frais élèves") et qu'il vient d'engager, ainsi que l'accueil de stagiaires. Cette correspondance montre aussi les conditions de circulation dans ce nouveau territoire français.

Louis Champy et les mines d'Anzin

Louis Champy, ingénieur du corps des mines, sorti en 1895 de l'École des mines de Paris commence sa carrière à Chalon-sur-Saone puis à Valenciennes. En 1905, il est autorisé à entrer au service de la Compagnie des Mines d'Anzin, dont il devient le directeur général. 

Avant-guerre, les mines d'Anzin sont constituées de 20 fosses et 21 puits d'extraction. En 1913, le rendement est de 11.000 tonnes de minerai de charbon par jour. En juin 1919, le chiffre n'est que de 1270 tonnes. Deux ans plus tard fin 1921, la production s'élève à plus de 7 000 tonnes. 

Les destructions, comme le montrent les photographies prises à l'époque, portent essentiellement sur le matériel d'exploitation et d'extraction, les centrales électriques, sur les voies de chemins de fer et les maisons d'ouvriers, qui ont été rasées. Ces dommages sont relatifs car les fours à coke, les ateliers de lavage et les usines ont été épargnés. C'est grâce à l'action décisive de Louis Champy, qui, pour éviter des dégâts irréparables, tente de raisonner les autorités allemandes. Il développe auprès d'eux un argumentaire selon lequel plus les destructions seront importantes et volontairement acharnées, plus l'Allemagne paiera de réparations. 

Après les constats, l'heure ets venue de commencer les efforts de reconstitutions : tout d'abord, il s'agit de remettre en état les fosses les plus productives. On s'emploie à réparer les chevalements, à vider les zones inondées (dénoyautage), à remettre en route les chaudières électriques, les machines d'extraction, les cribblages. Le plus long est sans conteste le renouvellement du matériel de transport et des wagons de chemin de fer. 

En 1922, Louis Champy mesure le chemin parcouru mais insiste aussi sur toute l'oeuvre qu'il reste encore à accomplir. C'est notammet les ouvriers qui se font rares, d'où le fait qu"il a été jugé prudent, depuis un an déjà, de recourir à l'importation de main-d'oeuvre étrangère". 

Photographie d'Ernest Cuvelette (1869-1936), président de la société des forges et aciéries du Nord et de l'Est, s.d.

Photographie d'Ernest Cuvelette, président des

aciéries et forges du Nord et de l'Est. 

Le vaste chantier des mines de Lens 

Les mines de Lens ne sont plus qu'un champ de ruine quand Ernest Cuvelette en est nommé le directeur juste après la guerre. Cependant, il connait parfaitement le site, pour y avoir travaillé en tant que directeur adjoint pendant plus de dix ans. 

Dans son article sur Ernest Cuvelette et son action de reconstruction dans les houillères sinistrées (1948), René Samuel Lajeunesse résume ainsi la situation du site : "vingt-trois sièges d'extraction étaient entièrement détruits, au fond comme au jour. Il fallait refaire les cuvelages dynamités, épuiser 40 millions de mètres cubes d'eau, rétablir 600 kilomètres de galeries souterraines, déblayer et reconstruire 8.000 maisons ouvrières, les centrales électriques à vapeur, à gaz, les lavoirs, les usines d'agglomération, les huit cents fours à coke - la plus grosse cokerie de France - les ateliers de traitement des sous-produits, etc.".

Les premiers travaux de reconstruction sont menés par le Groupement des houillères sinistrées : on déblaie d'abord les fosses des gravas qui les encombrent, puis en 1920 on commence le cimentage des puits.  

La reconstitution de la production est lente : en 1924, le niveau est rétabli à 50% par rapport à l'avant-guerre. Les 100% sont atteints suelement quatre ans plus tard. Au total, la reconstitution des mines de Lens aura coûté plus d'un milliard de francs. 

Les stages des élèves dans les mines et les usines françaises

Conformément à l'organisation accélérée des études après la guerre, les élèves ingénieurs civils de première année partent en stage pendant deux mois, entre juin et septembre, dans une mine ou dans un établissement métallurgique français. Ce stage donne lieu à l'envoi d'un compte-rendu et d'un journal de voyage.

En 1919 et 1920, les élèves sont envoyés aux quatre coins de la France dans les compagnies minières les moins touchées : dans la Loire (houillères et aciéries de Saint-Chamond par exemple), en Bourgogne (sur les sites de Romchamp, Blanzy et Epinac), dans le Gard (Bessèges), le Tarn (aciéries du Saut-du-Tarn) ou encore en Normandie (Société normande Métallurgie). 

Ensuite, à partir de 1921, les élèves effectuent essentiellement leurs stages dans les mines de la Sarre, d'Alsace-Lorraine et du Nord-Pas-de Calais. 

Ce secteur industriel représente le plus gros débouché des élèves dans les années de l'après-guerre. 

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