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2.2 Le travail des femmes des houillères durant la révolution industrielle en Europe

La vie souterraine ou les mines et les mineurs

Les monteuses de charbon

en Ecosse. 

Des femmes au fond des mines écossaises

En Ecosse au début du XIXe siècle, les enfants et femmes sont employés dans les travaux souterrains des mines de charbon. Le recours à cette main d'oeuvre est justifié par le fait que les veines d'extraction sont étroites et escarpées. 

Les femmes au fond de la mine sont "traineuses"ou "herscheuses", c'est-à-dire qu'elles portent le charbon ou tirent des chariots à travers les galeries jusqu'à l'entrée des puits. Ce travail est harassant et pénible : "la houille arrachée, vient le porteur ou traineur qui la sort par la galerie basse, étroite, soit dans les sacs qu'il charge à dos, soit sur un petit chariot dont la corde lui passe entre les jambes et se fixe à la ceinture", nous décrit Louis Simonin, ingénieur des mines de Saint-Etienne, dans son ouvrage La vie souterraine en 1867.

Les "monteuses de charbon en Ecosse", ci-contre, "portent sur le dos une hotte, que retient une courroie fixée autour de leur front. A cette courroie elles attachent aussi leur lampe, et, ainsi équipées, charrient péniblement la houille. Les mineurs ajoutent à la charge de la hotte de gros morceaux qu'ils entassent autour du cou des petites malheureuses, et elles s'avancent par bandes, courbées sous le faix, gravissant par de longues échelles toute la hauteur des puits, qui dépasse quelque fois cent mètres ! Si une courroie usée se casse, si un bloc de houille tombe, les porteuses qui forment la queue sont grièvement blessées, ou mêmes tuées sur le coup". 

Les conséquences pour ces femmes sont, au bout de plusieurs années, des traumatismes physiques importants. Elles souffrent de déformations de la colonne vertébrale, de douleurs dues à des postures fatiguantes, voir de troubles du système reproductif. Il n'est pas rare de plus que les femmes travaillent au fond des mines jusqu'à leur acouchement, ce qui entraine des fausses couches et qu'elles y retournent peu de jours après. 

En Angleterre suite aux travaux d'une commission en 1842, l'opinion publique s'émeut et réprouve fortement ces pratiques. La raison majeure invoquée est morale. Si les femmes travaillent toute la journée, elles ne peuvent plus s'occuper de leur foyer : enfants et bien être de l'ouvrier sont négligés. 

Considérations sur le projet de loi relatif au travail des enfants, des filles mineures et des femmes dans les établissements industriels.

Considérations sur le projet de loi...

par Léon Durassier, 1891

L'évolution de la législation

En France, le travail souterrain des femmes est moins répandu, alors qu'il est plus commun en Belgique et en Grande-Bretagne. Néanmoins, la question sociale de l'activité féminine donne lieu à de nombreux débats. La loi française du 19 mai 1874 réglemente le travail des femmes, des enfants et des filles mineures dans les manufactures et les chantiers. Selon l'article 9 de la section III, « les filles et les femmes ne peuvent être admises dans les travaux souterrains des mines, minières et carrières ». De même, l'article 13 relatif à l'hygiène et la sécurité des tarvailleurs interdit aux femmes d'"être employés dans les établissements insalubres ou dangereux". La loi prévoit pour les contrevenants des amendes allant de 15 à 500 francs. 

En 1892, une nouvelle loi renforce la protection des femmes majeures. Léon Durassier, ingénieur civil de la promotion de 1865 de l'Ecole des mines de Paris, publie des réflexions sur ce projet de loi. Il appartient à un corps spécial d'inspecteurs chargés de veiller à l'application de la loi de 1874.

Du travail des femmes dans les mines

Du travail des femmes dasn les mines, 1869

En Belgique, la question fait aussi débat. Le pays compte environ 9000 femmes employées dans les mines à la fin des années 1860. Les industriels estiment qu'ils ont leur mot à dire. L'union des charbonnages, mines et usines métallurgiques de la province de Liège crée une commission spéciale pour enquêter sur le problème et conclut qu'il ne faut pas interdire le travail souterrain féminin. Ils tiennent à réfuter les représentations propagées par les romans populaires et à donner une meilleure image des conditions de travail : 

"Les femmes sont employées dans les mines à des travaux très divers, les principaux sont le transport, le boutage, le chargement des wagons, le remblayage, la manœuvre des treuils (...). Certains de ces travaux, il faut l'avouer, conviennent peu par leur rudesse à la nature de la femme". Malgré cette concession, la commission insiste sur le fait que "les étrangers (..) sont étonnés de l'air de santé et de bonne humeur de la plupart de nos femmes de houillères".

La commission constate néanmoins que la tendance de ne plus employer les femmes au fond des mines se généralise : plusieurs charbonnages "ont pris la détermination de les supprimer peu à peu".

Le travail des femmmes "au jour". 

Si les femmes disparaissent du fond de la mine, elles restent très présentes pour effectuer les taches à la surface. Ainsi dans les mines belges, le long de la Meuse, elles représentent entre 27 à 40 % des ouvriers qui travaillent "au jour" en 1856 (selon le  journal de voyage de P. Mouthiers, élève à l'école des mines). Elles se retrouvent cantonnées aux taches traditionnelles des femmes, que nous avons observées dans les représentations du De re metallica et d'autres ouvrages :

Les entrailles de la terre

Lampisterie dans les mine de Lens. Extrait de l'ouvrage d'Eugène Caustier, 1902.

La lampisterie. Ce travail consiste à fournir chaque matin au mineur une lampe de sureté, avant qu'il ne descende au fond. Celui-ci la ramène chaque soir. Elle est alors rangée soigneusement par les femmes. Les lampes sont « visitées » et contrôlées chaque jour. Elles sont constituées de plusieurs pièces, qu'il faut parfois réparer ou remettre en place. Cette activité à la lampisterie était très importante et représentait le travail le plus qualifié qu'une femme pouvait occuper.  

Les entrailles de la terre

Les femmes de la mine de Wigan. 

L'habillement des femmes à la mine.

Les trieuses portent le pantalon et c'est cette image d'une femme "masculinisée" que montrent les représentations et les photographies. Cependant, les auteurs comme Eugène Caustier insistent beaucoup sur la féminité des ouvrières jusque dans leurs costumes : ces "jeunes filles ont quand même le goût des coquetteries et l'amour des rubans". 

"On les voit partir pour la mine (fig. 218) les cheveux recouverts d'une cornette ou d'une résille, chaussées de gros souliers ou de galoches, portant à leur bras un panier contenant les provisions de bouche et tenant à la main un pot à lait. La figure 219 montre comment elles disposent leurs robes afin de ne pas être gênées dans leur travail. Les vêtements de ces femmes sont propres, mais leur élégance n'est certes pas exagérée"(voir illustration ci-contre). 

Pour finir....

Cette magnifique photographie représente Mme Félix Leprince-Ringuet, en compagnie de son époux, en costume de mineur. On ne sait pas où exactement dans le Nord de la France a été pris ce cliché, qui date de 1901. 

 

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