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3. Les femmes ingénieures à l'Ecole des mines de Paris : une avancée récente (XXe siècle)

Lettre du Ministère du travail au directeur de l'Ecole, datée du 26 mars 1931.

Lettre du ministère du travail adressée

au directeur de l'école des mines de Paris,

Alfred Liénard, 26 mars 1931. 

Une place contestée

Si l'entrée des femmes à l'École des mines de Paris a été tardive, ce n'est pas tant à cause des textes réglementaires, que des mentalités encore hostiles à l'idée de promouvoir des femmes ingénieures dans la première moitié du XXe siècle.

En mars 1931, le conseil de l'École reçoit une première demande d'une femme qui souhaite participer aux épreuves du concours d'entrée. Une discussion s'ouvre au sujet de son éventuelle admission et la majorité des membres repousse cette demande (9 voix contre, 2 voix pour) en avançant plusieurs arguments. 

Le Conseil s'appuie notamment sur le Code du travail qui interdit depuis 1874 l'emploi de femmes dans les travaux souterrains des mines et carrières. Impossible dès lors, selon certains professeurs, que les femmes participent à des cours et des voyages obligatoires du cursus scolaire : "(…) les candidates seraient donc obligées comme tous les autres élèves de suivre le cours d'exploitation des mines et d'effectuer les visites réglementaires de mines (…)".

Alfred Liénard, alors directeur, écrit au Ministère du travail pour obtenir confirmation de cette interprétation de la loi qui s'opposerait à la formation de femmes ingénieures. Or, la réponse du Ministre est pour le moins embarrassante : une femme ingénieure exerçant des fonctions de direction peut n'être jamais amenée à travailler sous terre et ne tombe donc pas sous le coup de la loi. Enfin, il faut noter que les membres du Conseil passent sous silence les nombreux débouchés qu'offrent les autres secteurs d'activité que l'industrie minière et métallurgique, pour les ingénieurs des mines.

L'argument principal est le conservatisme social, plus ou moins assumé, des membres du Conseil. Les femmes « ont tort de s'orienter vers les carrières où elles seront appelées à commander des ouvriers » lit-on dans le compte-rendu. 

 

Lettre de Raymond Fischesser à G. Bottazzi, 27 août 1968

Réponse du directeur, Raymond Fischesser,

à Mlle Bottazzi en août 1968.

Enfin, le dernier argument avancé est celui de comparaison. Dans les autres grandes écoles, les rares femmes admises n'ont jamais exercé le métier d'ingénieur : "ainsi à Saint-Etienne une seule candidate est reçue au concours de 1917. A sa sortie elle effectue un stage dans un laboratoire de la Sorbonne puis renonce à poursuivre une carrière d'ingénieur. Il en est de même pour des jeunes filles admises à l'école supérieure d'électricité" (l'Ecole supérieure d'électricité admet des femmes à partir de 1919).  

En fin de compte, le conseil concède seulement à la requérante le droit de suivre les cours comme auditrice libre. Finalement, la jeune fille ne donne pas suite à cette demande.  

En août 1968, une jeune femme demande des renseignements, souhaitant être admise à l'Ecole des mines de Paris. Elle essuie un refus, mais peu de temps après, les choses évoluent...

Règlement intérieur et conditions d'admission à l'Ecole des mines de Paris.

Nouveau règlement d'admission de 1969.

Les changements réglementaires

Fin 1968, l'École des mines de Paris réfléchit à une nouvelle politique d'admission des élèves. Elle doit prendre en compte le développement des centres de recherche, les nouveaux statuts des enseignants-chercheurs. Par décret du 10 octobre 1968, l'École élargit son recrutement aux diplomés des universités titulaires de DUES (Diplôme universitaire d'études supérieures). On sélectionne parmi les candidats les meilleurs dossiers, puis ils passent un entretien. Leur admission sur titres peut se faire en première ou seconde année du cycle. 

Au départ institué de manière expérimentale à la rentrée 1969, ce dispositif est reconduit les années suivantes. Les femmes bénéficient de ces changements réglementaires. Dans la foulée, les modalités d'accès au concours sont refondés. Pendant la séance du Conseil de perfectionnement du 12 novembre 1969, la Direction des études décide officiellement d'ouvrir le concours aux femmes :

"Supprimer en ajoutant au texte de l'art.2.2 :

Les candidatures féminines sont acceptées". 

Cette mesure devient effective pour le concours de 1970. Mais la première femme à arpenter les couloirs de l'école, Françoise Becouarn, est admise en 1969. Bien que finalement démissionnaire l'année suivante, elle ne passe pas inaperçue parmi ses camarades. 

 

Claude Riveline, professeur de gestion des organisations, qui a assisté à cette première arrivée, témoigne : "dans mon activité d'enseignement, j'ai commencé à éprouver les bienfaits de la présence des filles dès l'arrivée de la première d'entre elles parmi les élèves de l'Ecole des mines en 1969. Cette seule fille au milieu de soixante-quinze garçons a transformé le climat de l'Ecole dans un sens reconnu comme favorable par l'ensemble de mes collègues. Les garçons ont paru tous désireux de bien se comporter pour ne pas lui déplaire, et la maturité de leur comportement a fait des progrès visibles".

La question d'admettre les femmes ne fait plus débat à l'École des mines de Paris, d'ailleurs le sujet n'est pas vraiment évoqué par le Conseil : c'est un état de fait qu'il faut accepter. En revanche, pour les élèves et les professeurs, c'est une petite révolution...

Annuaire de l'association des anciens élèves de l'Ecole des mines de Paris, de Saint-Etienne et de Nancy.

Extrait de l'annuaire de l'Association des élèves de 1971.

Les débuts de la mixité

Les annéees 1960 et le début des années 1970 ont marqué le début de la mixité au sein des grandes écoles d'ingénieurs, et pas seulement à l'École des mines de Paris : l'École des Ponts-et-Chaussées les admet en 1962, l'École des Arts et métiers en 1964 et l'École polytechnique en 1972.

En 1970, deux femmes réussissent le concours d'admission de l'école des mines de Paris et entrent dans le parcours ingénieur civil : Evelyne Lyons et Jeanne Villaneau. Deux autres sont admises sur titre en première et seconde année : Christine Golbreich et Claudine Laneyrie. 

Quant aux premières femmes du Corps des mines, elles apparaîssent quelques années plus tard :

  • Anne Chopinet-Duthilleul, diplômée en 1978 
  • Marie-Solange Tissier, diplômée en 1979.
  • Térésina Martinet, diplômée en 1980.

  

Dans les années 1970, les femmes sont encore très peu nombreuses, comme on le voit sur les photographies de promotion des ingénieurs civils de 1978. Dix ans plus tard, on constate que l'augmentation des effectifs va de paire avec la progression de la mixité...

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