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1.2 Des femmes des Lumières

Lettre de Mme Lebreton-Pignal à Gillet de Laumont, 6 août 1787.

Lettre de Mme Lebreton-Pignal à Gillet de Laumont,

août 1787. 

Mme Lebreton-Pignal : la correspondante de Gillet de Laumont

Qui était Mme Pignal, née Lebreton ? Une illustre inconnue dont il n'a été trouvé aucune trace et dont la vie reste à découvrir. La seule mention de cette femme se trouve dans le fonds Gillet de Laumont, conservé à la bibliothèque de l'Ecole des mines de Paris. Il va être prochainement numérisé. Ce fonds manuscrit inédit est composé de la correspondance reçue par François Pierre Nicolas Gillet de Laumont entre 1767 et 1834. 

Né en 1747 à Paris, il mène une brillante carrière dans l'administration des mines à partir de 1784. Il est successivement nommé inspecteur des mines, puis commissiare de l'Agence des Mines, puis membre du Corps des mines, à partir de 1810. Il meurt en 1834. 

Gillet de Laumont est un homme influent, bien en cour et donc très sollicité pour obtenir des protections et des faveurs. En tant qu'inspecteur des mines à la fin du règne de Louis XVI (il était le protégé du ministre Calonne), il est chargé de rédiger des rapports sur les mines et les demandes de concessions.

Dans ce fonds épistolaire qui compte plus de 230 correspondants différents, Mme Lebreton-Pignal est la seule femme. Nous conservons au total 6 lettres d'elle envoyées à Gillet de Laumont. Elles s'échelonnent entre février 1787 et novembre 1788, mais il est probable que leur premier contact date d'avant 1787.

Pourquoi était-elle en relation avec Gillet de Laumont ? Tout d'abord, elle le fournit en glands, noix de galle, en « cupules » (ce qui entoure le gland des chênes) et en branches de chêne Tauzin. On sait que Gillet de Laumont était amateur de botanique et de jardins. De plus, c'est une femme cultivée, qui demande à plusieurs reprises des ouvrages récents sur la minéralurgie à Gillet de Laumont : « Je désirerais bien les deux volumes des mémoires de M. Le baron de Diétrich » (février 1787).

 

Lettre de Mme Lebreton-Pignal à Gillet de Laumont, 20 novembre 1788.

Lettre de Mme Lebreton-Pignal à Gillet de Laumont, 

novembre 1788.

Mais elle est en contact avec Gillet de Laumont pour d'autres raisons. Mme Lebreton-Pignal  parle d'expériences scientifiques pour lesquelles elle sollicite un « privilège exclusif ». En effet, elle a travaillé sur des procédés pour purifier le bitume dans le cadre des « expériences de Rochefort » (dont nous ne savons pas le détail). Mais elle a besoin de la protection de Gillet pour revendiquer ses découvertes, car son associé, un certain « Besincam », veut se les approprier. A plusieurs reprises dans ses lettres, elle renouvelle son besoin de protection.

Madame Lebreton-Pignal écrit d'Orthez, dans le Béarn. Ses expériences sur le bitume font sens puisqu'elle est aussi exploitante de mines dans la région et notamment des mines de bitume de Chalosse ainsi que des mines de charbon d'Ozeux et de Bastène Caupenne. Elle tient Gillet de Laumont au courant des nouvelles trouvailles de filon, des ouvertures de puits et envoi de nombreux échantillons de minerai à Paris. La encore, elle sollicite la protection de Gillet pour obtenir des concessions. Elle n'obtient aucun appui des personnages locaux, comme le marquis de Jasses et se désespère.

Ce qui ressort de la correspondance de Mme Lebreton-Pignal est la grande difficulté que rencontre une femme à obtenir la reconnaissance scientifique qu'elle mérite. A la fois gestionnaire de mines, femme de science, expérimentatrice, femme d'affaire, elle semble mener un combat perdu d'avance contre les hommes, les préjugés et les autorités de l'Ancien Régime... 

Cinquième chapitre de la géographie physique de Tobern Bergman ; traduit du suédois par la Citoyenne A. Guichelin.

Extrait Journal des mines, 1795.

Une femme traductrice dans le Journal des mines : Aimée Guichelin

Le Journal des mines est créé par l'arrêt du 13 messidor an II (1er juillet 1794) et dépend de l'Agence des mines. Son premier rédacteur est Charles Coquebert de Monbret, jusqu'en 1800. Le Journal des mines a une vocation scientifique. Il publie aussi bien des récits de voyages que des compte-rendus d'expériences, ou plus largement toutes les découvertes qui touchent aux domaines de la minéralogie, de la géologie et de l'art des mines.

Coquebert de Monbret annonce dans le quatrième numéro qu'il va "faire connaître à nos lecteurs les progrès qu'ont fait, depuis quelques temps, dans les pays étrangers, les sciences qui se rapportent à l'art des mines". Le travail de traduction est en effet essentiel à la diffusion des connaissances scientifiques en France. En 1795, le Journal publie donc un chapitre de la Géographie physique de Tobern Bergman, savant suédois. La traductrice est Aimée Guichelin.

Elle nait en 1776 à Versailles. Fille de parents de condition modeste, elle est remarquée par Mme Coquebert de Monbret en raison de ses qualités littéraires précoces. Sous la Révolution, elle travaille comme répétitrice chez les Brongniart puis s'occupe de la jeune Cécile chez les Coquebert de Monbret. Selon sa biographe Catriona Seth, elle aurait également été chargée de « traductions et de tâches de secrétariat » pour Charles Coquebert de Montbret lui-même. En 1797, elle se marie avec un gentilhomme suisse, et devient Mme Steck. Douée pour les langues elle traduit plusieurs ouvrages notamment allemands, de science ou de littérature, comme L'histoire de la littérature espagnole de Bouterwek. Elle revient en France en 1805 après la mort de son mari, à nouveau obligée de gagner sa vie. Elle meurt en 1821, en laissant une œuvre poétique louée de ses contemporains, mais peu diffusée.

 

Catalogue méthodique et raisonné de la collection des fossiles de Mme Eléonore de Raab
La collection minéralogique d'Eléonore de Raab

Eléonore de Raab aurait eu pour précepteur, Ignaz de Born (1742-1791), minéralogiste et métallurgiste, appelé à Vienne en 1776 par Marie-Thérèse d'Autriche pour décrire la collection du cabinet impérial. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages conservés à la bibliothèque de l'Ecole des mines, comme son Index fossilium (1772) et sa Méthode d'extraire les métaux parfaits des minerais et autres substances métalliques par le mercure (1788). Avec ses conseils, Eléonore de Raab forma une magnifique collection minéralogique composée de 2500 échantillons.

Le Catalogue méthodique et raisonné de la collection des fossiles de Mlle Eléonore de Raab est publié en 1790. Dans sa préface, l'auteur souligne la particularité et la richesse de la collection de la jeune fille, et rend, indirectement, un hommage à son intérêt scientifique. Les cabinets de curiosités étaient très répandus et à la mode au XVIIIe siècle. En France, on en recense une trentaine qui ont été la propriété de femmes, dont vingt-deux cabinets d'histoire naturelle et deux de minéralogie. Mais, pour De Born, cela sert aux propriétaires à "satisfaire une vaine curiosité ou un luxe frivole". Il déplore : "et combien peu, dont l'arrangement tende plus à l'instruction qu'au faste".

 

Un mot de conclusion...

Au siècle des Lumières, plusieurs savants commencent à reconnaitre les mérites des femmes et à les intégrer à la "République des sciences ": Mme du Châtelet, Mme Picardet, Sophie Germain par exemple. Elles sont traductrices ou collectionneuses, s'intéressent à la chimie, aux mathématiques, à la médecine ou à la minéralogie. 

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