Annales des Mines (1847, série 4, volume 12) [Image 43]

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MUR LES GLACIERS DU NORD 84 minue avec elle; or ce serait l'inverse qui devrait avoir lieu si cette théorie était fondée. L'objection la plus importante que l'on ait faite à la théorie où l'on considère les glaciers comme se mouvant sous l'action de la gravité, c'est que, s'il en était ainsi, ils devraient prendre un mouvement accéléré; ruais M. Hopkins a prouvé expérimentalement qu'une masse de glace qui fond à sa surface inférieure prend un mouvement uniforme; et c'est facile à comprendre, car le frotte-

ment qui s'oppose à l'avancement de la masse .n'est annulé qu'il mesure que les particules de glace entrent en fusion. Néanmoins, on a dû modifier le point de vue Les glaciers ne sont pas complé- sous lequel on envisageait autrefois les glaciers , et ternent rigides.

reconnaître qu'ils ne sont pas entièrement assimilables à des corps rigides, inflexibles et inextensibles glissant sur des plans inclinés; car alors il serait difficile de comprendre comment ils pour-

raient descendre sur un sol inégal et à pente

.faible, le long de couloirs sinueux, et de manière

à s'élargir ou s'amincir suivant la forme de ces couloirs ; en arrivant à des rétrécissements de leur

lit, il semble qu'ils devraient s'arrêter et ne descendre plus bas que par avalanches. Mais la structure poreuse et granuleuse des glaciers, la faible cohésion de leurs particules entre lesquelles il y a beaucoup de vides remplis d'air et d'eau, commu-

niquent à ces corps des propriétés analogues à celles des substances plastiques; et par suite leur mouvement peut s'effectuer quelle que soit la forme de leur lit, pourvu qu'il présente une certaine inclinaison. Que l'on conçoive une masse de glace grenue, emboîtée dans un canal sinueux, elle y restera en

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repos , si elle est complétement privée d'eau et si elle ne fond pas au contact des parois encaissantes; mais

si la chaleur de ces parois en détermine la fusion, si de nombreux filets d'ea u , pénétrant à l'intérieur, liquéfient quelques-unes de- ces particules, provoquent la désunion de la masse et exercent en même temps sur elle une pression hydrostatique , la glace imbibée d'eau entrera en mouvement à l'instant où la gravi té deviendra supérieure à la force de cohésion

qui s'affaiblit de plus en plus à mesure que la quantité d'eau mélangée à la glace va en augmentant ; dès que la désunion pourra s'opérer, la partie cen-

trale, entraînée par son poids et n'étant pas gênée par la résistance des parois, se mouvra le plus rapidement, laissant en arrière les parties latérales qui ont à vaincre le frottement de la roche encaissante. C'est ainsi qu'a lieu le mouvement des glaciers; la zone centrale s'avance avec une vitesse

beaucoup plus grande que les zones latérales, mais le rapport de ces vitesses est variable et paraît être plus voisin de l'unité pour les glaciers à pentes moyennes que pour ceux qui sont faiblement inclinés ; ainsi, d'après M. Forbes , le rapport est de i 1/2

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sur la mer de glace de Chamouni ,

qui a une pente de 5°; tandis que, d'après les observations de M. Agassiz et de ses collaborateurs, le rapport est de 14 : t sur le glacier de l'Aar, dont la surface est inclinée de 3' seulement.

Cette inégalité entre les vitesses de la partie Théorie de la centrale et des côtés a conduit M. Forbes à sa vciiesresosite des glathéorie de la viscosité des glaciers, théorie d'après laquelle il assimile leur mouvement à celui

du goudron, de la lave, etc., et le considère

comme étant soumis aux mêmes lois. Mais la plasticité des glaciers me parait avoir été un peu