Annales des Mines (1903, série 10, volume 4) [Image 233]

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RICHESSES

MINÉRALES DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE

naissance aux masses d'argile rouge avec les concentrations de cobalt et de chrome qu'elles contiennent et aux quartz cariés qui jonchent le sol des massifs de péridotite/ Nous nous séparons donc sur ce point de M. Levât (*), qui fait appel à des eaux thermales tout en paraissant bien admettre d'ailleurs qu'elles n'ont fait qu'emprunter aux serpentines le nickel que celles-ci contenaient préalablement. Nous nous séparons encore de lui en ce qui touche à l'association des minerais de nickel aux vasques d'argile rouge : sans doute, ils se rencontrent toujours au contact ou au voisinage des argiles rouges, si l'on donne au mot voisinage un sens suffisamment extensif, qui n'a d'ailleurs pas besoin de l'être beaucoup, étant donnée l'extrême fréquence desdites argiles dans la formation serpentineuse : on trouve de ces argiles, nous l'avons déjà dit, toutes les fois que la pente du terrain leur a permis de se fixer et de ne pas être immédiatement emportées par les eaux courantes; mais nous ne saurions admettre avec M. Levât que le nickel ne s'est déposé que dans les fissures produites sur les faces restées intactes de la serpentine par le retrait des argiles rouges. D'une part, nous avons très souvent observé des gisements de nickel à une distance très notable des argiles rouges, par exemple dans des têtes rocheuses de péridotite formant la crête d'un massif dont les pentes n'étaient recouvertes qu'à plusieurs dizaines de mètres de là, parfois même à des centaines de mètres seulement, d'un manteau d'argile ; d'ailleurs, M. Pelatan (**) signalait, ce qui paraît un peu contradictoire avec l'indication de M. Levât, que « les principaux gisements de nickel se développent plus volontiers le long des crêtes montagneuses élevées »i (*) hoc. cit., p. 3 à 8. (**) Loc. cit., p. 50.

LES

MINES DE

NICKEL

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cette dernière remarque a aussi été faite maintes fois par les mineurs de la colonie qui, par une généralisation excessive, déclarent souvent que le nickel ne saurait être trouvé à faible altitude. D'autre part, nous ne comprendrions pas comment le retrait d'argiles rouges reposant dans le fond d'une vasque de péridotite aurait pu produire dans cette roche des cassures de l'importance de celles que manifestent certains des filons et filonnets du Plateau de Thio, le filon de la Boa-Kaine, celui de la Bien-Venue, etc. Enfin nous n'avons nullement été amené à observer, comme l'a fait M. Levât, une répartition du minerai sur les deux bords des vasques d'argile rouge, soit d'une part au toit et d'autre part au mur de celles-ci : tantôt il apparaît dans les fentes de la péridotite, sur l'un ou l'autre bord de ces vasques, dans lesquelles nous ne savons d'ailleurs distinguer ni toit ni mur, et il peut, aux affleurements, paraître déposé entre la péridotite et l'argile; mais, plus profondément, il reprend son gisement, normal pour les minerais en roche, entre deux épontes de péridotite (Voir, par exemple, notre croquis, fig. 1 de la Pl. XIII, d'un front de taille de la mine Prise-de-Rivoa); tantôt l'enlèvement de l'argile d'une telle vasque fait voir une tête de minerai au fond même de celle-ci ; tantôt, et c'est le cas le plus fréquent pour les affleurements apparaissant sur des parois suffisamment abruptes pour ne pas pouvoir retenir l'argile rouge, le minerai se rencontre loin de tout amas d'argile. Pour nous donc, c'est simplement l'altération superficielle des péridotites nickelifères qui a produit les gisements de nickel de la Nouvelle-Calédonie ; nous avons expliqué déjà quel paraît avoir été son processus : fendillement des roches affleurant au jour, circulation des eaux superficielles dans les masses ainsi fendillées, dissolution d une partie des éléments et oxydation des autres sur place; recristallisation immédiate des éléments les moins