Annales des Mines (1899, série 9, volume 15) [Image 199]

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L'INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE

DANS LA RÉGION DE SAINTÉTIENNE

l'invention du marteau-pilon; en réalité, l'idée d'appliquer directement la vapeur au forgeage hantait certainement

L'utilisation de la chaleur perdue des fours métallurgiques et le développement des moyens mécaniques appli-

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tous les métallurgistes de cette époque. Watt lui-même avait tenté en vain de la réaliser; mais c'est Bourdon qui, près tel que le premier, établit le marteau-pilon à peu

qués au forgeage et au laminage sont à l'ordre du jour dans toutes les usines de Franco; à Decazeville on lamine le rail Barlow; l'usine de Rive-de-Gier forge un arbre de

plus nous le connaissons actuellement. Ce n'est qu'un peu Creusot où il peut examitard, à la suite d'un voyage au ner les plans de Bourdon, que Nasmyth construit à son tour en Angleterre un marteau-pilon qui est l'imitation de

celui déjà établi au Creusot (*). Dès qu'il s'est rendu compte de tout le parti qu'on peut tirer de ce puissant outil, Pétin en fait l'acquisition, et, pilon à vapeur fonctionne dans l'usine de

en 1841, un

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habileté

Rive-de-Gier et est mis en uvre avec une remarquable. C'est là le point de départ de la fortune de Pétin et de Gaudet, qui sont les premiers initiateurs de l'emploi du marteau-pilon en France. Sous la direction de ces deux chefs, la nouvelle usine les pièces se développe rapidement et livre au commerce de forge les plus variées. Mais, en 1848, les commandes cessent brusquement dans les usines de la région, et la crise qui en résulte oblige les maîtres de forges à cherproduits noucher de nouveaux débouchés en créant des veaux. C'est alors que Pétin et Gaudet ont l'idée de forger, fer pour la sur les dessins d'Armstrong, un canon en Marine. Un peu plus tard ils livrent, bruts de forge, au Comité d'Artillerie un canon de campagne de 86 millià la mètres et un obusier de même calibre pour servir

construction des canons d'essais étudiés par le commandant Treuille de Beaulieu. La. fabrication des canons en acier est ainsi créée ; elle est bientôt suivie de celle des blindages. Garlçitt (*) Correspondance de MM. Schneider avec MM. Nasmyth Manchester, en 1843 et 1844. et C'e, à Patrinoft, près

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23.000 kilogrammes pour le navire Eylau. Pétin et Gaudet sont alors considérés comme les premiers forgerons de France, et, lorsque Dupuy de Lôme est chargé de réaliser l'idée, émise, dit-on, par Napoléon III, d'entourer les navires d'un revêtement eh fer, c'est à eux qu'il s'adresse naturellement. Les premiers blindages de navires sortent donc, en 1853, des usines de la Loire ; à peu près à la même époque, on les fabrique aussi au Creusot. Il s'agit, il est vrai, seulement de plaques de 10 à 12 centimètres d'épaisseur, 1 mètre de large et 4 à 5 mètres de long, que l'on adapte sur les batteries flottantes destinées à l'attaque de Kinburn. Elles sont forgées au pilon, mais déjà Pétin et Gaudet envisagent la possibilité de plaques plus épaisses et de plus grandes dimensions.

Ils ne tardent pas à réaliser cette idée par

l'application du laminoir à la fabrication des blindages. A cette époque, on croit que la trempe ne peut avoir d'action que sur les aciers durs et qu'elle ne modifie nullement les,propriétés mécaniques du fer laminé. Pétin et Gaudet reconnaissent, au contraire, que le métal acquiert par la trempe à l'eau une ténacité remarquable; ils ont immédiatement l'idée d'appliquer la trempe aux plaques de blindage qu'ils fabriquent aux laminoirs ; cette pratique, tenue secrète, assure pendant longtemps aux blindages de Saint-Chamond une supériorité que nul en France ne songe à contester. On peut rappeler à ce propos qu'un ingénieur suédois, convaincu de la supériorité des plaques qu'il fabriquait dans son pays avec des minerais d'excellente qualité, vint proposer au Gouvernement Français de lui fournir des blindages satisfaisant aux mêmes conditions