Annales des Mines (1863, série 6, volume 4) [Image 57]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

DU CANADA.

o8

SUR LES PÉTROLES

dessus de l'orifice, et elle coulait à raison d'au moins 5.000 barils (9. loo hectolitres) par jour. Pour arrêter ce débordement de pétrole, on a bouché le trou par lequel il s'effectuait au moyen d'un sac rempli de graines de lin, au travers duquel on a fait passer un tuyau de

moindre diamètre que celui du puits: comme la graine de lin se gonfle beaucoup au contact de l'huile, elle forme une cloison hermétique. En fermant le second tuyau avec un nouveau sac dans lequel on introduit un troisième tuyau plus petit que le deuxième, et en répétant plusieurs fois cette opération, on finit par amener le pétrole dans un tuyau qui n'a plus qu'un pouce de diamètre, et l'on en contrôle alors l'écoulement au moyen d'un simple robinet. C'est un procédé d'une exécution facile, qui a parfaitement réussi et qui est maintenant employé sur toutes les exploitations. Avant qu'on y eut songé on perdait d'énormes quantités d'huile, sans pouvoir se rendre maître des masses fluides qui s'élançaient des puits. Autour d'Oil-Springs , la terre est partout imprégnée de pétrole, et la petite rivière qui traverse la ville justifie son nom de Black- Creek

par un dépôt noir et visqueux sous lequel l'eau disparaît entièrement. L'odeur des émanations semble insupportable, je le répète: on s'y habitue vite cependant, et souvent même, si je dois ajouter foi à ce que m'ont dit des habitants d'Oil-Springs, on éprouve, au bout de peu de temps, un certain plaisir à la sentir. Il paraît que quelques personnes poussent le goût du pétrole jusqu'à le boire, comme elles feraient d'une eau minérale ; elles prétendent que c'est un breuvage excellent pour les poitrines délicates. La faculté de médecine de Montréal leur donne un peu raison, car elle vient d'introduire le pétrole dans les salles des hôpitaux réservées aux patients dont les poumons sont en mauvais état. L'huile minérale prend aisément feu. C'est là une source de danger constant pour la ville d'Oil-Springs ; elle a été menacée plusieurs fois par les incendies, et, le 22 octobre dernier, elle a failli encore devenir la proie des flammes. Avec les matières combustibles dont le sol et la rivière sont couverts, il peut suffire d'une imprudence pour amener une conflagration générale. Si les émanations du pétrole ne sont pas malsaines, ce qui est assez clairement prouvé, la contrée où se trouvent les sources est loin d'être salubre. Il y règne des fièvres redoutables, ce qui tient à ce que le sol est plat, marécageux, et à ce que les eaux n'ont pas d'écoulement. La décomposition des matières végétales, au sein de forêts que la hache du colon n'a que faiblement entamées, doit engendrer aussi des miasmes pernicieux. L'extrémité occidentale de la péninsule du Fiant-Canada est du reste ravagée par les fievres;

109

ville de Sarnia, où aboutissent les deux plus grandes lignes de chemins de fer du Canada, le Grand- Trunk et le Great-Western, est à peine habitable à certaines époques de l'année. Malgré ces inconvénients, Oil-Springs continuera à se développer

rapidement, si les sources d'huile minérale auxquelles elle doit l'existence ne s'épuisent pas. Quelle est l'étendue des réservoirs souterrains qui contiennent le pétrole? où s'approvisionnent-ils? Combien de temps doivent-ils rester pleins, et quand ils seront vides pourront-ils se l'emplir de nouveau?

Comme la prospérité du district d'Enniskillen dépend de la solution de ces questions, elles ont donné lieu à beaucoup de discussions, beaucoup de conjectures, et à des théories dont aucune n'est entièrement satisfaisante. Ce serait m'écarter de mon but que de passer en revue les hypothèses qui se sont produites, depuis plu-

sieurs mois, au sujet de l'origine des huiles minérales, de la richesse et de la durée probable des sources. Quand j'ai été à Uyonning et à Oil - Springs, des puits en assez grand nombre, avaient cessé de rendre de l'huile ; les uns étaient complètement taris, les autres ne donnaient plus que l'eau salée. Il y avait aussi des puits dont la production s'était considérablement ralentie. J'ai cru remarquer que tous ces puits étaient situés dans une même zone qui était d'ailleurs fort limitée, et qu'ils appartenaient en général à la catégorie des puits dits de surface » dont l'avenir n'a jamais inspiré qu'une médiocre confiance. Plusieurs d'entre eux où l'eau salée avait remplacé le pétrole, ayant été approfondis, ont recommencé à fournir de l'huile minérale avec la même abondance qu'autrefois. D'autre part, les découvertes de puits à écoulement continu (Flouring s-we Ils ou Spouters) se sont assez multipliés, depuis la date de mon premier rapport, pour compenser largement les pertes amenées par l'épuisement apparent de quelquesunes des sources. Depuis mon retour à Québec, en moins d'un mois, du 9 octobre au 6 novembre, trois nouveaux puis à écoulement ont été ouverts et dans le nombre celui de MM. Bali et Brennan, qui a 16o pieds de profondeur à partir de la roche dure, s'annonce sous des auspices aussi favorables que les fameux puits de MM. Shaw et Bradley. A l'heure même où j'écris, j'apprends que la veine de pétrole vient encore d'être rencontrée au fond de deux autres puits qui, sans être aussi riches que les précédents, produisent néanmoins une moyenne de 182 hectolitres par vingt quatre heures. Ce que l'on perd d'un côté, on paraît donc le regagner de l'autre. Les propriétaires de puits ne se montrent pas inquiets ils