Annales des Mines (1848, série 4, volume 13) [Image 10]

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INTRODUCTION.

métallurgiques. Cette opinion conduisait naturellement à méconnaître l'importance des ouvriers. En premier lieu, les convictions créées par une théorie fausse ou incomplète ont toujours empêché les théoriciens d'apprécier à sa juste valeur l'intervention des véritables manipulateurs de la métallurgie, et d'être ramenés, par l'observation même de leurs travaux, à un plus juste point de vue.

En second lieu, les tentatives d'amélioration faites d'après cette théorie se trouvant constamment condamnées par l'expérience, la même préoccupation a toujours conduit les théoriciens à affirmer

que ce non-succès devait être attribué à f inhabileté, à la mauvaise volonté, et, suivant l'expression consacrée, à la routine des ouvriers. On s'est donc habitué à voir un obstacle dans ce qui constitue la principale force de l'industrie , l'intervention intelligente de l'homme. De là les tendances si fi-équeutes dans une certaine école industrielle et qui se résument dans ce principe, qu'il faut autant que possible rendre les opérations des arts indépendantes de l'habileté et de l'intelligence des ouvriers. Telles sont les conséquent:es ordinaires des opinions qui ne tiennent point

compte de l'expérience. Les personnes qui prétendent soumettre des industries qui datent de trente siècles, à l'empire d'une théorie à peine éclose, ne sont pas seulement impuissantes à améliorer les méthodes actuelles ; elles contribuent trop souvent à égarer l'industrie, soit en la dirigeant vers un but chimérique, soit en l'excitant à méconnaître les ressources qui lui sont acquises. C'est en ce sens seulement que tant d'industriels ruinés par d'imprudentes tentatives ont pu affirmer avec raison que la pratique vaut

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mieux que la théorie. Cette juste condamnation d'une fausse science ne saurait être étendue en principe à la théorie que les vrais savants s'appliquent sans cesse à créer : celle-ci, reposant immédiatement sur l'expérience, acceptant et expliquant tous les faits, ne saurait jamais se trouver en contradiction avec la pratique. L'étude plus approfondie des ateliers métallur-

giques ramènera infailliblement à de plus justes idées sur la valeur réelle des procédés consacrés pour l'expérience, et sur l'importance qu'il faut attribuer, mais au point de vue scientifique, aux ouvriers qui les exécutent. Je n'ai pas tardé, en ce qui me concerne, à reconnaître l'insuffisance des. vues théoriques qui semblaient condamner la pratique des ateliers, et je dois presque exclusivement à mes relations avec les ouvriers les connaissances plus exactes qu'il m'a été permis d'acquérir. J'avoue que dans toutes les occasions où il m'a été

permis d'embrasser le détail et l'ensemble de leurs travaux , j'ai éprouvé un vif sentiment d'ad-

miration pour leur adresse et leur intelligence. C'est en effet une circonstance bien digne de fixer l'attention, que de voir des hommes étrangers en

apparence à toute éducation intellectuelle, apprécier avec un tact exquis les plus légères nuances, dans des phénomènes dont la science pure n'a jamais jusqu'à ce jour soupçonné l'existence. Rien ne me parait plus digne d'être mis en lumière, et c'est dans cette divulgation que me paraît surtout consister la philosophie des arts métallurgiques. J'ose espérer qu'a défaut de considérations plus étendues, qui seraient ici hors de propos, le lecteur trouvera la confirmation de ces vues dans la description des procédés métallurgiques qui forment