Annales des Mines (1836, série 3, volume 10) [Image 279]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

552

RECHERCHES

de la faiblesse relative des causes qui agissent sous nos yeux, comparées à celles auxquelles sont dues les formes initiales des montagnes. Mais si l'Etna est, comme les lacs de la Suisse, comme les éboulements des Alpes et les moraines de leurs glaciers, un témoignage frappant du peu

d'effet qu'ont produit depuis le commencement de l'état présent des choses sur notre globe les phénomènes qu'y produisent des changements journaliers, il ne s'ensuit nullement que l'Etna doive son origine à un renversement des lois de la nature, ni à des forces autres que celles qui, plus ou moins modifiées, font encore partie du mécanisme de la nature actuelle.

On ignore combien de générations ont dû se succéder sur les bords d'une rivière, pour que le peuple qui les habite ait inscrit dans ses annales toutes les sécheresses, toutes les crues, toutes les débâcles, les anomalies de tous genres que le régime de cette rivière est susceptible de présenter. A plus forte raison ignore-t-onku el lapse de temps

est nécessaire pour qu'un foyer volcanique parcoure le cercle entier des accidents dont il est susceptible, et, à bien plus forte raison encore, l'ignore-t-on pour le globe terrestre pris en masse. Prétendre que les 4,000 ans dont nous avons des chroniques suffisent pour nous faire connaître tous les écarts que peut présenter la marche des mystérieux appareils de la nature, c'est supprimer

la question au lieu de la résoudre. Prétendre même que les écrits des hommes devront comprendre à la longue le récit de tous les événements

physiquement possibles, c'est poser en principe, comme l'a si justement remarqué sir James

553 globe Hall (1), qu'il ne peut survenir sur notre d'événements assez considérables pour faire disparaître, sinon tous leurs contemporains ; du moins tous leurs témoins oculaires. SUR LE MONT ETNA.

Tout en attestant à sa manière combien sont rares et violents les phénomènes passagers dont les Montagnes sont les monuments, l'Etna semble aussi indiquer, par les rapprochements qu'il nous a fournis, que les causes de ces phénomènes ne diffèrent pas dans leur principe de celles qui agissent journellement, et que l'erreur du sytème qui attribue toutes les apparences géologiques à une longue répétition des phénomènes journaliers, consiste surtout en ce qu'il ne renferme qu'une partie de la vérité. L'exemple de l'Etna montre à lui seul que les

géologues qui soutiennent encore ce système commettent, dans l'ordre des temps, une erreur analogue à celle que Werner commettait 'dans l'ordre des distances, lorsqu'il supposait l'Ecorce terrestre toute entière composée sur le modèle de la Saxe sa patrie. (1) Voyez dans le tome VII des Mémoires de la société royale d'Edinburg , les mémoires du célèbre géologue-

physicien, irititulés : On the revolutions of the enrth's surface.