Annales des Mines (1897, série 9, volume 12) [Image 55]

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REMARQUES ET EXPÉRIENCES

I. - CIRCONSTANCES DE L'EXPLOSION DE MONTREUIL. 11

Voici d'abord ce qui s'est passé § 1. Récit de l'accident. à Montreuil-sous-Bois. Le générateur, horizontal à foyer

extérieur, comprenait un corps cylindrique avec deux bouilleurs inférieurs, et un réchauffeur latéral. La surface

de chauffe était 60M2, la capacité 14,5m3, le timbre 7 kg : cm2; les bouilleurs mesuraient 65 centimètres de diamètre et 8,55 m de longueur. L'accident a consisté dans une déchirure au bouilleur de gauche. La plaie occupait 80 centimètres de longueur, suivant la génératrice inférieure de la tôle de coup de feu, et bâillait de 11 centimètres; autour d'elle, la surface extérieure du métal était bleuie sur une étendue de 15 ou 20 centimètres; au-delà de la teinte bleue s'étendait Une auréole d'oxyde

rouge. La surchauffe ne s'expliquait point par l'accumulation du tartre ou des boues, car l'appareil ne contenait que peu de dépôts. L'explosion n'avait fait qu'un bruit léger et n'avait produit aucun effet dynamique. Enfin

le dépôt qui tapissait la paroi du bouilleur montrait, à différentes hauteurs, des lignes horizontales nettes et saillantes, accusant les stades de l'évaporation progressive. A l'évidence, cette chaudière avait manqué d'eau. Il n'est, d'ailleurs, pas surprenant que le régime normal de son alimentation se fût trouvé trouble. L'alimentation, qui avait lieu soit par retour d'eau, soit au moyen d'un injecteur, aboutissait dans le réchauffeur latéral; celui-ci avait normalement avec le générateur proprement dit deux communications, l'une ABCDD' (Pl. IV, fig. 1) plongeante des deux parts, l'autre EFG allant de la partie supérieure du réchauffeur au dôme qui surmontait le corps cylindrique. Or, ainsi qu'on l'a reconnu après l'explosion, la communication ABCDD' -s'était totalement obstruée

par les dépôts, un peu au-dessus de la bifurcation des

A L'OCCASION D'UN MANQUE D'EAU

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deux branches. Cette communication supprimée, il est

explicable que l'alimentation ne se fût poursuivie par EFG que d'une manière défectueuse. Les appareils indicateurs du niveau de l'eau consis-

taient en un tube de verre et un flotteur magnétique. Ce dernier était dépourvu de sifflet, et le chauffeur reconnaît n'en avoir pas observé l'index

mais il a consulté et même purgé le tube de verre, et, d'après les

indications de ce tube, il croyait avoir de l'eau dans le

générateur. Le contre-maître, de son côté, a vu de l'eau dans le tube cinq ou dix minutes avant l'explosion. Le chef de l'usine en avait vu deux heures auparavant. Seulement, pressé de questions par M. l'ingénieur des Mines Pellé, le chauffeur, a fini par expliquer dans quelles conditions on voyait l'eau dans le tube de verre. (,

Cette eau, lorsqu'elle y était visible, était constam-

ment traversée par des bulles de vapeur,

qui la

soulevaient et produisaient des oscillations continuelles d'une extrémité àl'autre du tube parfois l'eau disparaissait complètement, puis revenait peu à peu. Lorsque le chauffeur avait purgé (ce qu'il a fait pour la dernière fois une heure ou deux avant l'accident), l'eau ne réapparaissait pas tout de suite ; il mettait alors son giffard en

marche ; au bout de quelques minutes, l'eau était de

nouveau visible, mais toujours avec les mêmes bulles de vapeur et la même agitation ; le chauffeur attribuait ce retour de Peau au fonctionnement de l'alimentation et, croyant avoir assez alimenté, il arrêtait alors son giffard. » D'où venaient ces apparences, alors que le générateur devait manquer d'eau presque totalement? § 2. Disposition du tube indicateur. - Le tube de verre, placé contre une paroi latérale de la chambre de chauffe, était relié à la chaudière par des tuyaux dont le diamètre intérieur mesurait 20 ou 22 millimètres, et dont les