Annales des Mines (1896, série 9, volume 9) [Image 137]

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SUR LES MINES DE RANCIE

ÉTUDE ADMINISTRATIVE'

§ 3.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.

Je voudrais, en terminant cette notice, résumer brièvement quelques-unes des conséquences, économiques et mo-

rales qu'elle me paraît renfermer et qui se sont déjà présentées éparses dans les développements qui précèdent_ Le lecteur doit s'attendre à les trouver empreintes dequelque banalité résultant de la quasi-évidence de d'entre elles. Mais, puisqu'on les méconnaît tropsouvent, il n'est pas inutile de les répéter une fois de plus certaines

surtout quand l'on peut appuyer leur exactitude sur l'observation et l'expérience de plusieurs siècles. L'histoire de Rancié nous démontrerait donc, si le bon .,sens ne l'avait fait avant elle Au point de vue moral, que les libéralités mal appropriées à la situation de ceux qui en bénéficient peuvent êtrela sourcede leurs maux ; que tout bien livré à un groupe périclitera si, pour le mettre en valeur, on ne constitue fortement une. autorité ayant à. la fois compétence et responsabilité pour

gérer le bien commun, autorité qui a droit à l'obéissance et au respect, conditions primordiales absolument indispensables au succès de l'entreprise ; Au point de vue économique: Que la loi de l'offre et de la demande n'est pas près de. .tomber en désuétude Qu'une affaire, commençât-elle d'une manière infime,. comme l'a fait Rancie, dès qu'elle prend quelque importance,.

_ne peut se passer du concours du facteur capital. Sans. l'institution du sou par volte de 1719, l'exploitation de Rancié n'existerait plus dgpuis longtemps. On a dit que le capital était du travail accumulé. L'image est .exacte de tout point, et même saisissante dans l'espèce particulière Ence sens, on peut dire que ,tous les travaux de longue

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haleine effectué S à Rancie, tels que la galerie de Becquey et, plus récemment, celle de la République ont été l'oeuvre des générations de mineurs qui ont, depuis 1719, empilé leur sou par volte pour former le fonds spécial. Il faut que les mineurs le comprennent : du jour oit ils ont constitué ce dernier ils ont fait de la prévoyance, c'est-à-dire, financièrement, du capital.

Au total, et pour en finir, élargissons ces aperçus et rappelons ce qui a été dit si souvent en la matière. Toute affaire industrielle importante est le produit de trois fac-

teurs: le capital, le travail et l'intelligence. Il est peutêtre moins courant de remarquer que cette analyse remonte au moins à Fourier, le chef de l'École phalanstérienne, qui n'allait à rien moins qu'à rémunérer ces trois facteurs dans les proportions de 5, 4 et 3 sur les bénéfices totaux (*) ; ce détail était puéril, puisque leur part d'intervention est essentiellement variable. Quoi qu'il en soit, rien n'empêche en principe le mineur, ou les mineurs, de prendre leur part des deux premiers facteurs, au lieu de se cantonner dans le second. La difficulté, il faut bien le reconnaître, c'est que, surtout quand il s'agit de ces vastes entreprises que constituent les exploitations de mines, il y a lieu, pour les créer de toutes pièces, à une immobilisation de fonds très considérables ; « en France, il faut

dépenser de 2 à 3 millions de francs pour créer une exploitation de 100.000 tonnes de houille (') ». Le premier en date des trois éléments vitaux de l'affaire, savoir le capital destiné à la fonder, serait dès lors inaccessible, en général, à la population minière.

En sera-t-il toujours ainsi? Il y aurait peut-être témérité à l'affirmer d'une manière absolue. Qui sait ce que (*) Voy. Nouvelle Revue, 15 janvier 1894, P. 414. (**) LEDOUX, L'Organisation du Travail clans les Mines, et particulièrement clans les Houillères, p. 4. Paris, 1890.