Annales des Mines (1894, série 9, volume 5) [Image 75]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

1/14

LES EAUX MINÉRALES DE PF.EFERS-RAGATZ.

auteur du temps, on chanta le psaume : « Dieu a laissé descendre son esprit et les eaux ont coulé.» Un père de Palestine, qui se trouvait là après avoir parcouru toute l'Europe, déclara qu'il n'avait jamais vu un travail aussi miraculeux et, quant aux vieux baigneurs, qui voulurent aussitôt essayer les eaux, ils reconnurent que l'amélioration était déjà beaucoup plus prompte. » Nous empruntons cette citation à un ouvrage publié titre pompeux, en 1631, par Johann Kolwecken, sous un impuissante dont la langue française est malheureusement enchevêtrement et la redondance à rendre l'admirable grandiloquente. En voici seulement le début célèbre au « Traité du remarquablement salutaire, -Vierge, loin et naturellement chaud bain de la Sainte situé à Pftefers en Haute-Suisse, bain de merveilleuses puissance et nature, manière d'être, propriétés, vertus, amené depuis effet, ainsi que de la manière dont il fut l'ancienne, horrible, effrayante, périculeuse et profondément encaissée, sombre gorge de montagnes jusqu'à une soleil et du place libre, gaie, jouissant d'un air léger, du etc. » très soumis à Dieu, etc., ciel, par le très vénéré, Nous trouvons, dans ce livre, à côté de l'avis de per-

salutaire

t.

sonnes éminentes qui font remonter la vertu dans des eaux thermales au baptême de Notre-Seigneur opinion, mentionnée plutôt comme le Jourdain, cette chose reconnue, une croyance populaire que comme une de très loin, que ces eaux viennent des pluies infiltrées sur les monts Jôchern, et se sont échauffées dans leur parcours souterrain à travers le sol. Le règlement des bains, qui s'y trouve reproduit, nous donne également un bien amusant tableau de la vie des perbaigneurs dans les trois nouvelles piscines, où 100 sonnes, à la fois, continuaient à se baigner jusqu'à 12 jours

consécutifs : ce. que l'auteur commence pourtant à trouver excessif.

LES EAUX MINÉRALES DE PF2EFERS-RAGATZ.

1.45

y avait alors le bain des hommes, le bain des femmes et le bain des pauvres.

On s'asseyait, côte à côte, à des places assignées suivant la hiérarchie sociale par le maitre baigneur, en ayant soin de ne pas avoir d'eau plus haut que le ventre. « S'il y a un endroit malade plus haut, dit un docteur de 1708, il faut y verser de l'eau minérale, mais ne pas la recevoir directement. » La tête était couverte avec de la toile ou de la laine.. légère. On mangeait, buvait, dormait dans l'eau, où, parfois, plusieurs voisins s'étant endormis ensemble , l'un venait à glisser et se noyait (*). Autour des piscines se promenaient des grands seigneurs qui s'amusaient à parier avec les baigneurs à qui resterait le plus longtemps dans le bain, boirait le plus d'eau, etc. Les baigneurs, avant de s'en aller, trempaient .encore

dans l'eau ta chemise qu'ils allaient mettre pour en emporter la vertu salutaire. Beaucoup, à la suite de ces bains interminables, avaient la peau toute emportée. Le règlement prévoit les coups de toute espèce, les rixes, les blessures par des armes qu'il défend d'introduire, les passades, etc... Un article spécial, qui est bien à l'honneur du caractère suisse, interdit, dans cette mai-

son dépendant d'une abbaye et soumise à la surveil, lance des moines , aussi bien aux catholiques qu'aux réformés, de discuter la religion et de tourmenter les autres à ce sujet. De même, il faut s'abstenir de chanter des psaumes ; les chants catholiques ou mondains ne sont tolérés qu'a la condition « de ne pas être vociférés de manière à gêner les vieillards et les personnes faibles.» Aux hôteliers il est interdit de chercher à s'enlever les voyageurs comme de leur servir de la vaisselle sale ; si (*) Les descriptions célèbrent, comme un avantage précieux, l'existence d'un courant continu dans les piscines, qui devait être, en effet, nécessaire pour les nettoyer.