Annales des Mines (1893, série 9, volume 4) [Image 156]

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DES MATÉRIAUX HYDRAULIQUES.

PROCÉDÉS D'ESSAI

tout à fait insuffisante de ces corps, permet de conclure que le produit étudié n'est pas hydraulique ou tout au

moins est très mauvais. Si l'on ne pouvait le constater autrement, ce serait là un motif suffisant pour conserver l'analyse chimique, malgré les difficultés de son exécution, au nombre des essais de réception. Mais, en fait, il

existe d'autres essais : celui de résistance à la rupture et celui de déformation, qui permettent de constater les mêmes défauts d'une façon beaucoup plus simple et plus précise ; ils ont en outre le grand avantage de ne pas

être mis en défaut par des mélanges après mouture, qui permettent si facilement de rétablir après coup une composition chimique normale. Si

l'analyse complète d'un ciment ne présente

pas

grand intérêt, on peut penser que la détermination isolée de certains corps particuliers, doit la présence serait toujours nuisible , présenterait une utilité plus sérieuse. Mais, en fait, il n'existe aucun corps dont la présence

soit dans tous les cas nuisible. Le soufre à l'état de sulfate et de sulfure est nuisible pour les travaux à la mer, mais il semble tout à fait inoffensif pour les travaux en eau douce. Son dosage peut donc être utile dans certains cas, mais pas d'une façon générale. On a considéré également la présence de la magnésie comme essentiellement dangereuse à la suite des mécomptes qui ont résulté de l'emploi de ciments employés dans l'ouest de la France, mais il est bien établi aujourd'hui que les accidents occasionnés par l'emploi de ces ciments ont été amenés exclusivement par la présence de magnésie non combinée.

La chaux à cet état eût été infiniment plus pernicieuse. On peut obtenir des ciments irréprochables tenant jusqu'à '15 p. 100 de magnésie. Il n'y a donc aucun motif pour proscrire ce corps ; il se pourrait bien, au contraire, que sa présence dans les ciments destinés aux travaux a la mer fût très avantageuse.

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Il semble donc bien qu'aujourd'hui encore la conclusion I. laquelle était arrivé M. Guillain, en 1885, est la seule logique, en la limitant, bien entendu, aux ciments destinés aux travaux maritimes, les seuls en question dans son rapport « Les seules données de l'analyse chimique que le

cahier des charges peut et doit prendre pour base d'un refus formel des ciments sont celles relatives à la présence des éléments qui ne peuvent être que nuisibles, comme le

sulfate de chaux ou les sulfures. » Pour les travaux en eau douce, la restriction finale ellemême devrait être supprimée, car il n'existe aucun fait qui permette d'attribuer dans tous les cas une influence nuisible aux composés du soufre. Les expériences faites sur ce sujet par M. Deval, au laboratoire de la ville de Paris, et, plus récemment, par M. Candlot, ont conduit à des résultats négatifs. D'ailleurs, il est à peu près impossible d'obtenir des ciments à prise rapide exempts de sulfate.

Si l'analyse chimique ne peut en tant qu'essai de

réception, donner aucune indication utile sur les qualités et défauts des ciments, il n'en faudrait pas conclure que l'on ne doive jamais faire d'analyses de ciments et que l'on ne puisse introduire à son sujet aucune clause dans

un cahier des charges. Les analyses de ciments sont indispensables dans les études d'ensemble sur ces produits, ou simplement pour rechercher la cause d'anomalies observées dans une fabrication déterminée. Elles sont très utiles comme épreuves d'identification pour s'assurer que la fabrication d'une usine reste régulière, que les produits d'une nouvelle usine ne diffèrent pas trop des produits similaires. Tant qu'il n'existera pas d'essais concluants pour apprécier toutes les qualités des produits hydrauliques sans aucune exception, il sera prudent de recourir -à de semblables essais d'identification, en leur accordant une importance plus ou moins