Annales des Mines (1892, série 9, volume 2) [Image 320]

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LE GRISOU AUX MINES D'ANZIN. 1810-1892.

blessés). .Cet accident se produisit à la fosse Turenne, le 9 février 1865. Cette fosse exploitait, au niveau de 410 mètres, trois veines, dites veines du Nord, récemment recoupées; qui étaient particulièrement grisouteuses. C'est dans ce quartier, où se trouvaient cent quarante ouvriers, que se pro. duisit la catastrophe ; trente-neuf périrent brûlés ou asphyxiés ; sept furent grièvement brûlés, et sans la rapidité avec laquelle fut organisé le sauvetage , sans le zèle intelligent des mineurs , toujours prêts aux plus nobles dévouements dans les catastrophes de ce genre, la compagnie aurait eu trente victimes de plus à déplorer. Les effets de l'explosion furent si intenses qu'il ne fallut pas moins de seize jours de recherches pour retrouver les dernières victimes, et ce fut seulement le 6 mars que l'Ingénieur des mines, d'accord avec les directeurs de la Compagnie, put se prononcer catégoriquement sur

les causes de ce terrible événement, après un examen minutieux des tailles. Lieu de l'accident. - L'explosion avait eu lieu dans la deuxième veine : l'inspection de la liste des victimes montrait, en effet, que toutes les victimes de la deuxième

veine avaient été brûlées, que, dans la première veine, les ouvriers se trouvant sur les voies aboutissant aux plans inclinés et par suite en communication avec la deuxième veine avaient été également brûlés, tandis que les mineurs retrouvés dans les tailles avaient péri par asphyxie ; il n'y avait donc pas eu de flammes dans les tailles de la première veine. Dans la troisième veine, on n'avait trouvé qu'une victime, morte par asphyxie ; les autres avaient été retirées vivantes de la fosse, atteintes de brûlures, il est vrai, mais presque toutes se trouvaient à portée des plans inclinés au moment de l'accident. L'explosion.avait donc eu lieu dans la deuxième veine

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première veine, avait suivi ce plan incliné et pénétré dans les diverses galeries y aboutissant, atteignant les herscheurs et. autres ouvriers à portée de ces galeries ; mais elle n'avait pas pénétré dans les tailles de troisième et de première veine ; les ouvriers qui se trouvaient dans ces tailles avaient péri asphyxiés ou tués par éboulements. Cause de l'inflammation.

- Cette première constatation faite, on s'attacha à découvrir la cause de l'inflammation du gaz; on avait examiné minutieusement les lampes des victimes, toutes étaient en bon état ; mais le carnet des amendés de la fosse Turenne attestait qu'assez fréquemment on était obligé d'infliger des amendes à des ouvriers qui, malgré la défense absolue qui leur en était faite, employaient la .poudre dans la veine pour en faciliter l'abatage.

Cette opération n'avait amené jusque là aucun acci-

dent et cette circonstance avait fait naître chez les

ouvriers

une fausse témérité qui les poussait à recourir à ce moyen qui facilitait singulièrement leur travail. Il y avait, dès lors, de sérieuses raisons de supposer

que c'était dans cette voie qu'il fallait chercher la cause de l'inflammation du grisou. Ces suppositions ne tardèrent pas à se vérifier complètement. Aussitôt le sauvetage terminé , toutes les recherches avaient été concentrées dans la deuxième veine ; le 6 mars, on pénétra dans la première taille, que l'on trouva remplie de blocs de charbon d'un volume tel qu'évidemment ils n'avaient pas été abattus au pic, mais bien par un fort coup de mine. Un examen plus minutieux- fit 'découvrir au front de taille un trou de 4 centimètres,de profondeur et de 3 cenTome II, 1892.

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du nord : la flamme avait d'abord brûlé les ouvriers qui s'y trouvaient; elle était ensuite passée par un recoupage situé en haut d'un plan incliné entre la deuxième 'et la

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