Annales des Mines (1892, série 9, volume 1) [Image 267]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

598

EN SARDAIGNE.

HISTOIRE DE L'INDUSTRIE MINIÈRE

route des Indes par le cap de Bonne-Espérance, qui por-

tèrent un coup funeste à toute l'industrie italienne, les mines de Sardaigne ne faisaient plus que végéter ; elles furent tuées, comme la plupart des autres mines d'Europe, par la mise en exploitation des riches gisements d'argent du Mexique et du Pérou. Du XVI' au XIX' siècle, on peut dire que leur production a été à peu près nulle.

Cependant, au XVI' et au XVII' siècle, quelques documents prouvent encore qu'on ne les avait pas complètement oubliées. Ce sont des concessions en faveur de tel ou tel entrepreneur, instituées par l'État, propriétaire des mines : ainsi, en 1625, celle de Monte-Paone (Monteponi). Après des insuccès multiples de ces conces-

sions restreintes, on tenta, en 1642, de concéder pour quarante ans l'ensemble de toutes les mines de Sardaigne à une même société formée par Bernardo Tolo, Pirella. et Nicolo de Nurra. Le texte de cette concession, instituée par Philippe IV, est curieux par les étranges idées géologiques dont il témoigne ; il permet en effet d'exploiter « le plomb, le bronze, l'étain, les pierres rouges et bleues

et autres métaux analogues » (fodinas plumbi, aeris caldorii, stanni... lapidis rubei et ccerulei ac aliorum con-

similium metallorum). Dans la période de quinze ans précédente, entre 1630 et 1644, on avait extrait en tout 660 tonnes de galène. Après 1644, les produits furent au moins aussi médiocres. Et, peu h peu, le silence se fit sur ces mines autrefois fameuses ; la Sardaigne même, qui passa successivement d'une administration à l'autre,

devint une terre inconnue à un point qu'on ne saurait imaginer.

Au XVI' siècle, elle était gouvernée par un vice-roi espagnol ; en 1708, la guerre de succession la donne à l'Autriche ; en 1779, Victor Amédée, duc de Savoie, la reçoit en échange de la Sicile et elle s'élève au rang de

529

royaume ; en 1792, elle est envahie un moment au Nord

par les Français, tandis qu'au Sud une expédition, à laquelle prit part le jeune Napoléon Bonaparte, échouait

devant Cagliari. Le désordre et le manque de sécurité étaient tels qu'en 1798 et même en 1816 les pirates tunisiens pouvaient impunément venir faire des razzias en Sardaigne. En ce qui concerne les mines, nous avons seulement à signaler, en 1741, un acte de concession générale pour trente ans en faveur d'une société juive représentée par un certain Carlo Gustavo Mandell, mais avec de telles

conditions et de telles exigences religieuses, qu'on se borna à extraire un peu de minerai de Montevecchio (8.700 tonnes de galène, de 1751 à 1758). Aussi, lorsqu'au début de ce siècle le général la Marmora, qui devait tant faire pour la Sardaigne, commença

à découvrir ce pays ignoré, ne put-il donner, dans les deux premières parties de sa description de file, qu'une assez courte mention à l'industrie minière (*) Seule, la mine de Mon teponi, reprise en 1791, vivait tant bien que (*) En 1839, il s'exprimait ainsi (t. I, p. 148; là première édition de l'ouvrage est de 1849) « Les minerais de ta Sardaigne sont connus depuis longtemps;

la plupart des auteurs anciens et modernes qui se sont .occupés de cette contrée en ont fait mention; mais si, d'un côté, les traces de nombreuses excavations faites par les Romains et les Pisans donnent une idée de leurs travaux en ce genre, d'un autre côté les notions qu'on a eues jusqu'ici sur le véritable état des mines de File laissent beaucoup à. désirer. » Ailleurs il signale les travaux considérables de Monte-Narba, dans le Sarrabus, de San Giovanni, de Gonessa, de Marganai, Agruxiau, etc.

En 1837, l'ouvrage de Valéry sur la Corse, l'île d'Elbe et la Sardaigne, est muet sur les mines de Sardaigne. En 1843, un récit de l'amiral Jurien de la Gravière (Revue des Deux Mondes, Pr et 15 novembre) nous apprend que l'escadre française avait découvert, deux ans avant et à la faveur d'un coup de vent, l'île

de Sardaigne, dont elle ne possédait que des cartes rudimentaires et .avait en conséquence demandé à y faire des levés topographiques.