Annales des Mines (1887, série 8, volume 12) [Image 275]

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,NOTE SUR L'EMPLOI DE L'AIR COMPRIMÉ

La soupape A est soulevée et ouvre le coup de bélier, l'eau se précipite du réservoir R et de la colonne MM, haute de 25 mètres dans la partie inférieure NNN qui se replie

deux fois et a une seconde branche parallèle à la pre. mière, mais beaucoup plus courte. C'est là que se fait la compression ; l'air contenu dans cette courte branche P est fortement comprimé, soulève la soupape C et s'écoule par un tube latéral X qui va au réservoir d'air comprimé. Il faut alors que la soupape A se referme et que la soupape B s'ouvre pour écouler l'eau qui a servi au premier coup de bélier, et laisse rentrer une nouvelle provision d'air en P par des vannes multiples V qui sont sur cette

courte colonne. Lorsque le volume P est de nouveau plein d'air, tout est prêt pour un second coup de bélier, et la soupape B se referme. On comprend que cette opération prenne une demi- minute et que l'on ne puisse compter sur plus de deux coups de bélier par minute ; mais ce que l'on ne voit pas, c'est qu'il est impossible de filtrer l'eau pour un torrent de montagne et que les trois soupapes s'obstruaient sou-

vent, ce qui faisait manquer l'opération et amenait de graves incidents. A Bardonnèche , les ouvriers attendaient avec impatience que l'on eût d'autres compresseurs, d'autant plus que la pression à laquelle on était forcément limité ne suffisait pas pour aérer le tunnel et faire marcher les perforatrices. MM. Sommeiller, Grandis et Grattone prirent alors des

pompes dont on faisait usage à Seraing et qui servaient à comprimer l'air pour essayer les tubes. Ces pompes avaient été employées en 1826, à Paris,

pour comprimer le gaz d'éclairage, et M. Dumas en a donné le dessin dans son Traité de chimie appliquée aux arts et à l'industrie, en 1828. Atlas, Pl. XVI. 2° Pompes à piston liquide (fig. 10).

La Pl. XV montre

POUR LE PERCEMENT DES LONGS TUNNELS.

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la disposition d'une de ces pompes à piston liquide et à simple effet fonctionnant alternativement. K est l'une des sept roues hydrauliques. Elle fait fonctionner les pompes par son plateau-manivelle et la bielle PM, et fait mouvoir les deux pistons M et N. Ces pistons, en; agissant alternativement dans les deux corps de pompes AA' et BB', font monter et descendre l'eau qui remplit en

partie les colonnes verticales GG' et FIH', et qui servent de piston liquide pour comprimer l'air qui est à la partie supérieure en G' et 11'.

Pour cela, chacune est munie de deux soupapes R et lf qui, s'ouvrant de dehors en dedans, servent à introduire de l'air dans la chambre G' ou H' et des deux soupapes supérieures S et S' qui, en s'ouvrant alternativement, permettent à l'air comprimé de sortir en X ou en X' et de se rendre par X" dans le réservoir d'air en tension.

Ces pompes, comme les trois associés Sommeiller, Grandis et Grattone l'ont eux-mêmes reconnu, étaient bien supérieures aux béliers ; elles coettaient un tiers de moins et elles donnaient trois fois plus d'air; mais ces pompes ont cependant l'inconvénient d'être très limitées dans le nombre des oscillations, et celles employées au Fréjus ne pouvaient donner plus de seize coups par minute. Si on les faisait agir plus vite,-l'eau s'agitait fortement et le rendement diminuait. Chacune contenait 2.000 à 2.500 litres d'eau, qui devait changer de mouvement seize fois par minute. 3° Pompes système Colladon (fig .

11). En janvier 1872,

Louis Favre vint me proposer d'être son ingénieurconseil dans le cas où il aurait l'adjudication du tunnel du Saint-Gothard. J'acceptai, et, dans le mois d'août, il fut préféré à tous ses concurrents. Nous partîmes aussitôt après pour examiner sur place les torrents dont on pouvait disposer et les forces que chacun de

ces torrents était susceptible de donner.