Annales des Mines (1882, série 8, volume 2) [Image 298]

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on avait percé 2.353',10 de galerie d'avancement et fait 1.558',80 MÉTHODES D'EXÉCUTION DES GRANDS TUNNELS.

On a plus d'une fois discuté la question de la méthode à employer pour l'exécution rapide des grands tunnels, certains ingénieurs préconisant la méthode anglaise, avec galerie d'avancement

à la base, d'autres préférant la méthode belge, c'est-à-dire la galerie en calotte. Au Mont-Cenis on a employé la première de ces méthodes; au Saint-Gothard M. Favre a appliqué la deuxième. Pour le percement de l'Arlberg, c'est la galerie de base qui a été adoptée. M. G. Bride], ingénieur en chef de la construction du chemin de fer du Gothard, vient de publier sur la comparaison de ces deux méthodes, un travail d'un grand intérêt, qu'il a paru intéressant de résumer ici aussi brièvement que possible.

Il est facile, avec le travail à la main pour le percement de la galerie d'avancement, de faire marcher d'un pas égal ce percement et les travaux d'élargissement et de maçonnerie; mais avec la rapidité que procure l'emploi des perforatrices, il devient indispensable, pour éviter des retards dans l'achèvement de Pneuvre, de multiplier les points d'attaque pour l'élargissement et de répartir les travaux de fouille et de chargement des déblais de manière à n'avoir nulle part d'encombrement. Au tunnel de l'Arlberg, on perce de distance en distance, à 50 ou 60 mètres les unes des autres, des cheminées verticales au toit de la galerie d'avancement; dès qu'une cheminée est percée jusqu'au ciel de l'excavation définitive, on en fait partir deux petites galeries en calotte, l'une en avant, l'autre en arrière; quand deux cheminées sont ainsi réunies, on bat au large et on enlève la calotte; on déblaie ensuite le petit stross, dont l'épaisseur est comprise entre la sole de la galerie de faite et le plafond de la galerie d'avancement; puis on enlève les piédroits à droite et à gauche de cette galerie, et on procède immédiatement à l'exécution de la maçonnerie. Ce travail d'élargissement se fait par anneaux de 8 mètres de long, distants de 52 mètres. Dans les sept premiers mois de "1882 on a, du. côté Est, percé 1.148,90 de galerie et achevé complètement 1.255',90, soit, par mois, respectivement 16/0', no et 179m,40 ; le front de la galerie d'avancement était, au 31 juillet de cette même année, à 68o mètres en avant de la ma-

çonnerie achevée. Du côté Ouest, où les roches sont très mauvaises, les résultats ont été tout aussi bons. Au total, du côté Est, la galerie d'avancement avait, au Si juillet 1882, 5.005',90 et les maçonneries étaient terminées sur 2.525',90; du côté Ouest

de maçonnerie. La voie est posée immédiatement sur la plateforme de la galerie d'avancement et on n'a plus qu'à la riper contre l'un des piédroits quand le tunnel est achevé sur toute sa section. Au Saint-Gothard, la galerie d'avancement était placéee en calotte; on élargissait à droite et à gauche, puis on en levait le petit stross, et l'on construisait la voûte. On attaquait ensuite le stross inférieur en deux moitiés, dans le sens longitudinal : la première moitié, la cunette de stross, enlevée, on construisait le piédroit, puis on enlevait la deuxième moitié et l'on construisait le second piédroit. Mais il fallait que l'avancement restât en communication permanente, par voie ferrée, avec la plateforme du tunnel achevé : la voie était donc divisée en trois étages, le plus élevé au niveau de la galerie en calotte, le plus bas au niveau de la plateforme définitive, avec un étage intermédiaire à la sole du petit stross. On avait essayé

des élévateurs hydrauliques pour faire passer les wagons d'un étage à l'autre, mais ces appareils se détérioraient et fonctionnaient mal, de sorte qu'on dut revenir à l'emploi des rampes de raccordement, rampes dont le déplacement était long et coûteux et troublait le service des transports. En fait, on ne les déplaçait guère que tous les 500 mètres, de sorte qu'on avait, à l'étage inférieur, un retard de 500 mètres d'un côté à l'autre, ,et à l'étage intermédiaire une distance égale encore entre l'enlèvement de la seconde moitié du petit stross et le front de la cunette du même étage.

En ajoutant à ces 1.000 mètres la longueur des rampes, la dis-

tance à conserver entre les chantiers où l'on fait usage de la mine, d'une part, et les parties qui doivent rester à l'abri des coups de mine, d'autre part, telles que les rampes, les chantiers de maçonnerie, etc., et enfin en tenant compte de la longueur occupée par les divers chantiers d'élargissement, M. Bridai arrive, pour un avancement mensuel de 150 mètres, à une distance totale de 2.565 mètres entre le front de la galerie de calotte et l'extrémité de la portion complètement achevée du tunnel : il resterait donc, dans ce système, une fois le percement fait, 4.730 métrés à terminer, ce qui exigerait au moins douze mois de travail. Au Saint-Gothard, lorsque la rencontre des deux galeries a eu lieu, il restait à faire 5.919 mètres de voûte, 4.685 mètres de piédroit Ouest, et 5.544 mètres de piédroit Est. Le percement avait eu lieu, à peu de chose près, dans les délais convenus, tandis qu'il y a eu, pour l'achèvement, un retard de près d'un an sur ces délais. A l'Arlberg, au contraire, on !peut compter que le tunnel sera fini quatre mois et demi ou cinq mois après la rencontre des galeries. Torne II, 1882.

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