Annales des Mines (1881, série 7, volume 19) [Image 135]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

240

ÉLOGE DE VICTOR REGNAULT.

ÉLOGE DE VICTOR REGNAULT.

ratoire.

de cet équivalent. Je pense qu'il en est de même pour toutes celles qui ont été proposées jusqu'ici ; car elles contiennent toutes des pétitions de principe, des lois posées sous forme d'axiomes, qu'on devrait avant tout établir par l'expérience. » Donnant l'exemple, il se met à l'ceuvre, cherchant par ces méthodes dont il avait le

ces baromètres et de ces manomètres, devenus, par leur participation aux plus importantes expériences du siècle, de véritables monuments historiques; pour les balances et autres appareils de précision, il avait suffi d'en fausser d'un

secret et à l'aide de ces instruments, les plus parfaits que la physique ait jamais possédés, à remplacer ces axiomes des théoriciens par des données précises; il y consacre les dix dernières années de sa vie. Prenant pour objet de ses

expériences les gaz liquéfiés sous les plus fortes

pres-

sions : l'acide carbonique, le protoxyde d'azote, l'ammoniaque, etc., il en détermine tous les éléments calorifiques, La grande habitude qu'il avait acquise pour le maniement

de ces produits dangereux lui permet de réunir à leur égard toutes les données qu'il avait recueillies quand il

Rien ne semblait changé dans cet asile de la science, et tout y était détruit. On s'était contenté de casser la tige de ces thermomètres ou de briser les tubes de

coup de marteau les pièces fondamentales ; les registres et les manuscrits, réunis en tas, avaient été livrés aux flammes et réduits en cendres.

Dix ans de travail, et des centaines de résultats que la philosophie naturelle regrettera toujours et ne retrouvera pas, avaient disparu ; cruauté dont l'histoire n'offre pas d'autre exemple ! On peut excuser le soldat romain qui, dans la fureur d'un assaut, massacrait Archimède; il ne le connaissait pas. « Mais, disait Regnault avec un triste sourire en me montrant ses instruments déshonorés, ce travail de destruction est l'ceuvre d'un vrai connaisseur ! et cette

s'agissait de l'eau. On allait connaître, enfin, avec les résultats de ces étonnantes expériences, toute sa pensée sur la théorie de la chaleur. Mais la fatalité qui pesait sur sa destinée semblait avoir attendu ce moment suprême pour

laissées par ses manuscrits,

le frapper, cette fois, sans relâche, sans pitié,

bituel, ce mot « gloire » , qui lui échappait dans sa douleur,

sans

retour. En 1866, Mrne Regnault lui était enlevée, et 111" Clément,

,

,41

les méthodes que j'ai décrites comme suffisamment précises pour déterminer avec certitude la valeur exacte

ainsi que deux de ses parentes, auxquelles depuis longtemps notre confrère avait offert un asile et qui l'entouraient de leur affection, disparaissaient, à leur tour, laissant désert et désolé ce foyer jadis si vivant et si animé, Il avait cherché dans les travaux du laboratoire, et il avait trouvé, dans les éclatants succès de son fils, quelque distraction à sa douleur. Eh bien, en 1870, pendant le siège de Paris, une main brutale anéantissait à Sèvres, occupé par l'ennemi, toutes ses notes et jusqu'au moindre des instruments de ce labo-

poussière, gloire

ajoutait-il en repoussant du pied les cendres

c'est ce qui reste de

ma

» Quand on a vécu dans la familiarité de notre

malheureux confrère et qu'on a connu son scepticisme ha-

montre quelle importance il attachait à ces manuscrits dévorés par le feu, où se trouvait consignée une pensée qu'il ne retrouva plus, et quels services il attendait encore de ces merveilleux instruments façonnés de ses mains, dont les indications ne l'avaient jamais trompé. Ce malheur, qui ne frappait que le savant, n'était rien à côté de celui qui, dans le même moment, atteignait le père au coeur. Au milieu du grand désastre de la capitulation de Paris, la population tout entière ressentit un élan nouveau de douleur en apprenant la mort de Henri Regnault, tué à Buzenval, par la dernière balle partie des rangs ennemis; de Henri Regnault, demeuré le symbole touchant Tome XIX, 0381.

16