Annales des Mines (1879, série 7, volume 15) [Image 281]

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LA MÉTALLURGIE

542 § IV.

Matériel mécanique des usines sidérurgiques.

Nous avons peu à dire ici des machines moulées, à vapeur ou autres, en usage dans les fonderies, forges et aciéries : questions de mécanique générale qui rentreraient dans l'examen de l'Exposition à un autre point de vue. Les progrès réalisés, particulièrement dans les machines motrices à vapeur, par les nouveaux systèmes de distribution et de détente (types Compound, Corliss, etc.), qui ont frappé tant de visiteurs

de l'Exposition de 1878, intéressent peut-être plus l'industrie générale que la plupart des ateliers sidérurgiques. Sauf le cas du soufflage des fourneaux, opération à très-peu près continue, les moteurs métallurgiques ont à fournir le plus souvent un travail intermittent qui se prête mal à la recherche des dernières économies dans l'emploi de la vapeur. On n'observe, en effet, quelques-uns des perfectionnements auxquels nous venons de faire allusion, que dans les grandes souffleries de hauts-fourneaux, dont les dispositifs ont d'ailleurs peu varié depuis 1867 : c'est toujours le type vertical connu dès cette époque. Ce modèle de soufflerie verticale a même fini par se substituer, dans les ateliers Bessemer, au type horizontal que l'inventeur avait proposé aux débuts de son procédé.

Dans les moteurs des divers ateliers de laminage du fer et de l'acier, le constructeur, sans négliger les éléments d'amélioration indiqués ci-dessus, doit se préoccuper, davantage encore, de la .stabilité de ces engins chaque jour plus puissants, de la bonne répartition des masses et enfin de la simplicité des transmissions aux outils actionnés. Les galeries de l'Exposition de 1878 n'offraient

à cet égard, par rapport à l'Exposition de 1867, qu'une nouveauté vraiment saillante, la machine commandant le laminoir reversible à rails exposé par les établissements Cockerill (Seraing) : nous aurons l'occasion d'y revenir dans un instant en parlant des appareils de laminage. C'est plus encore dans l'outillage proprement dit, que la mécanique a pris une part croissante dans les installations sidérurgiques : on l'a compris à la vue de modèles comme celui du pilon de 80 tonnes exposé par le Creuzot. De même, les dimensions des spé-

cimens de blindages, tôles, fers profilés, que renfermaient .les galeries de l'Exposition de 1878, disaient assez que les laminoirs ont, comme les marteaux pilons, encore grandi depuis 1867. Mais, ce que ne montrent pas les Expositions. c'est la variété et

la perfection des agencements mécaniques qui sont aujourd'hui

A L'EXPOSITION DE 1878.

545 l'accompagnement nécessaire de ces grands appareils. Déjà, en 1867, on était émerveillé de voir des plaques en fer laminé de à 2 mètres cubes, c'est-à-dire de 8 à 12 tonnes. En 1878, on fait couramment, dans plusieurs usines, des plaques laminées de ail à 30 tonnes, et ces énormes masses de fer circulent des bancs de paquetage aux fours et des fours aux trains avec la même facilité qu'autrefois les paquets de quelques quintaux. Tout cela, grâce à des appareils mécaniques de levage et manutention distribués autour des fours et des laminoirs : grues hydrauliques ou à vapeur de 3o, ho, Go tonnes et plus; chariots porteurs dont le mouvement alternatif correspond à l'entrée et à la sortie des pièces entre les cylindres. Parfois, comme dans les usines anglaises qui s'occupent de ces fabrications, les manoeuvres de ces gros produits se font encore plus simplement par des treuils mécaniques faisant glisser directement, des fours aux trains, les paquets à souder et laminer. Il faut un outillage accessoire du même genre à un pilon comme celui du Creusot, destiné à forger des arbres, des plaques, des canons de hauts poids : autour de cet engin, sont les fours ( à gaz )

munis de grues hytlauliques de 100 à 150 tonnes, manuvrant dans tous les sens les charges, des fours au pilon et sous le pilon ; les portes mêmes des fours sont actionnées par des moteurs hydrauliques. Il va sans dire que de pareils outillages sont complètement métalliques comme les bâtiments mêmes qui les abritent. Ces outillages, le dernier surtout, rappellent les combinaisons mécaniques par lesquelles Bessemer a fait passer dans la pratique l'invention qui porte son nom. Quoiqu'ingénieux que fût le principe de l'invention, il est certain qu'elle n'eût pas prospéré si vite avec l'appareil fixe imaginé d'abord, ni avec la cornue primitive-

ment mue à la main. Dès qu'on reconnut surtout la nécessité d'agrandir la cornue, il fallait une manutention mécanique à de pareilles masses fondues ; il fallait le système hydraulique et ses transmissions souterraines pour les mouvements si complexes d'un matériel énorme, concentré sur un si petit espace. Le plan général du matériel Bessemer servit encore de modèle aux ateliers de fonderie de fonte ou d'acier sur sole : combiné avec les grands fours Siemens dont il a été parlé § i, il a permis la préparation des moulages pesants et des énormes lingots dont l'Exposition renfermait de nombreux échantillons. Il est inutile d'ajouter que ces outillages mécaniques n'ont pas seulement apporté la possibilité de ces grandes fabrications: ils ont, de plus, en substituant la machine à la main de l'homme, réduit la part de la main-d'oeuvre dans les frais de fabrication.