Annales des Mines (1877, série 7, volume 11) [Image 13]

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BIOGRAPHIE.

M. DE FRANQUEVILLE.

et sympathiques qui ont eu un grand et si légitime retentissement. Ingénieur des ponts et chaussées, directeur de l'une des six grandes compagnies de chemins de fer en France, j'ai connu M. de Franqueville pendant trente-trois ans. A plusieurs reprises et dans des circonstances difficiles, j'ai eu l'honneur de discuter avec lui de graves questions. Puisse-

Il jouissait à Cherbourg d'une considération universelle et remplissait, dans ce grand port, les fonctions de préfet ma-

je m'acquitter avec succès d'une tâche dont je sens tout le poids !

ritime lorsqu'il fut enlevé subitement à l'affection des siens, en 1812. Veuve à vingt-sept ans, Mn" de Franqueville restait dans une position affreuse : son mari ne lui laissait aucune fortune et elle avait quatre enfants, dont l'aîné âgé de six ans. et le dernier d'un an à peine. Son père venait de mourir et la pension de Mme Malles avait été liquidée à 600 francs ;

Presque tout ce qui était à dire sur M. de Franquevillea été exprimé sur sa tombe par M. le ministre des travaux publics, par les représentants les plus élevés du Couse il d'État, du ministère, du conseil général des ponts et chaus-

enfin, son frère, le seul appui qui lui restât, disparaissait quelques mois après, au passage de la Bérésina. Grâce au concours d'amis dévoués, le chiffre réglementaire de la

sées; tous ont rendu le plus sincère hommage à cet homme de bien, à ce grand administrateur, et il me sera bien difficile de parler après eux.

Dans les premiers mois de 1815 elle quitta le bel hôtel de la préfecture maritime de Cherbourg pour aller, avec sa mère et ses enfants, s'installer dans un bien modeste appartement à Paris. En prenant ce parti, la courageuse veuve estimait que, dans cette ville seulement, elle arriverait à donner à ses fils une instruction complète, et elle poursuivit ce but avec la plus ardente tendresse ; elle retrouvait d'ailleurs à Paris des amis de sa famille, dont elle comptait réclamer et dont elle obtint l'appui moral, le seul qu'elle désirât.

I.

Enfance et jeunesse de M. de Franqueville, ses travaux jusqu'à son entrée au ministère des travaux publics : 1809-1838. Alfred-Charles-Ernest Enfance de N. de Franquepille. Franquet de Fran queville naquit à Cherbourg le 9 mai 1809;

il était le troisième fils d'Hippolyte-Joseph-Jean Franquet de Franqueville, commissaire principal de la marine. La

carrière de ce dernier avait été traversée par de grands malheurs. Échappé, non sans peine, aux massacres de Saint-Domingue, il n'était rentré en France qu'après avoir été fait prisonnier de guerre par les Anglais. Successivement

attaché aux ports de Toulon, de Dunkerque et de Cherbourg, signalé partout comme un fonctionnaire excellent,

d'une intégrité hors ligne, il. épousait en 1803, à Dunkerque, 11111e Adèle Malles, fille d'un capitaine de vaisseau.

pension de 111"" de Fran queville fut élevé de 3 oo à 9 o o francs.

Une pension de

000 francs, accordée par le Roi en 1815,

vint diminuer la gêne du pauvre ménage, et deux bourses données, à deux années d'intervalle, permirent de placer les deux fils aînés au collége Louis-le-Grand. Restait le troisième, Ernest, le futur directeur général. L'anxiété de Mme de Franqueville était extrême à son sujet; elle ne savait comment faire pour assurer l'instruction d'un enfant qui montrait les plus heureuses dispositions ; elle ne pouvait songer à demander une troisième bourse ; un triste événement rendit possible une solution : son fils aîné, Charles, fut enlevé par une cruelle maladie, et la bourse qu'il avait au lycée fut transférée au jeune Ernest.