Annales des Mines (1868, série 6, volume 13) [Image 127]

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PROCÉDÉS GÉNÉRAUX.

ASSAINISSEMENT INDUSTRIEL ET MUNICIPAL.

pitale en légumineux; en outre, ces sortes de végétaux se prêtent mal à une absorption d'eau en toute saison. Reste enfin le procédé d'épuration par voie chimique. Ici nous remarquerons tout d'abord que les essais de Clichy ne semblent pas, du moins quant à présent, avoir vidé la question, en ce qui le concerne. Dans notre idée, en effet, et certainement aussi dans celle de l'auteur du procédé, il ne s'agit pas de savoir si le sulfate d'alumine est susceptible d'épurer chimiquement les eaux et de fournir un bon engrais, ce qui n'est guère contestable, mais de vérifier jusqu'à quel point et à quel prix cet engrais pourrait entrer dans la consommation courante, et si l'épuration, conduite dans les conditions de la pratique en gran d, n'engendrerait pas des émanations nuisibles. Sur le premier point, il ne paraît pas que l'épreuve ait encore été faite; car on n'a pas, que nous sachions, livré de grandes quantités d'engrais à des agriculteurs de profession qui en aient expérimenté et chiffré la valeur commerciale. Sur le second point, l'objection géné-

rale, que nous avons déjà déduite de la composition incomplète des eaux d'égout actuelles, nous semble subsister tout entière. Quelque inoffensives qu'aient pu être les opérations de Clichy, il n'est pas démontré que des inconvé-

nients ne surgiraient pas, si l'on avait affaire à des eaux beaucoup plus souillées, si au lieu d'opérer sur 2 ou Son mètres cubes par jour, on opérait sur une quantité cent fois aussi forte, ce qui est le vrai débit de Paris (5), et si, enfin, au lieu de travailler pour ainsi dire à loisir, on était forcé de faire cette énorme manipulation sans désemparer,

et surtout pendant les fortes chaleurs, où l'infection du fleuve est plus particulièrement à redouter. L'exemple de l'Angleterre n'est point fait pour encourager, puisque toutes les entreprises successivement essayées dans cette voie ont (5) Quand les travaux en cours seront terminés, le collecteur d'Asnières n'évacuera guère moins de 3oo.000 mètres cubes par jour.

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échoué devant des considérations à la fois de dépense et d'insalubrité. A la vérité, l'agent chimique proposé par M. Le Chatelier n'a pas encore été employé dans les autres pays : l'insuccès des autres réactifs ne prouve donc pas absolument contre celui-ci. Il convient même de dire que d'après les études du laboratoire et les résultats de Clichy, le sulfate d'alumine ferrugineux paraît plus apte à jouer le rôle d'épurateur que les autres substances déjà expérimentées. Toutefois nous ne pensons pas qu'on y trouve une solution com-

plète et définitive de la difficulté. A notre avis, aucune méthode chimique ne vaudra jamais l'emploi direct des eaux en irrigations de prairies. C'est à favoriser ce dernier mode que tous les efforts, selon nous, doivent tendre. Il faut travailler à écarter les obstacles, trop justement signalés par M. Le Chatelier, qui s'opposent aujourd'hui à son adoption, et qui se résumen dans l'impossibilité de se procurer à des conditions raisonnables une surface convenablement disposée pour l'arrosage. Or la difficulté disparaîtrait le jour où la loi consacrerait le principe de l'expropriation pour cause d'utilité publique des terrains indis-

pensables à l'épuration des eaux des villes (*) ; car ce jour-là il ne serait pas nécessaire d'aller jusqu'à Dieppe ou au Havre pour trouver un champ d'irrigation. Il suffirait de se rejeter à quelque distance des bords de la Seine pour obte(5) Sans vouloir anticiper sur les conclusions générales que nous aurons à développer dans un travail ultérieur, nous avons dû signaler en passant cette réforme àlaquelle il nous paraît impossible qu'on ne soit pas amené dans un avenir prochain, sous l'impérieuse nécessité de protéger les cours d'eau contre l'infection croissante des villes. Car si l'on n'admet pas ce principe d'expro-

priation, on réalisera difficilement l'arrosage sur une grande échelle : il serait téméraire, selon nous, de compter sur le libre concours des cultivateurs pour amener la formation de grandes entreprises d'irrigation. Aucune compagnie, aucune municipalité n'exécutera de tels travaux, si elle n'a pas la certitude d'utiliser ses eaux. TOME XIII , 1868,