Annales des Mines (1866, série 6, volume 9) [Image 236]

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44's

DE LA SEERANIA DE CUENCA (ESPAGNE).

ESQUISSE GÉOLOGIQUE

Ces deux formations constituent par leur juxtaposition un massif calcaire d'une grande puissance, dans lequel, ainsi que l'ont fait remarquer MM. de Verneuil et Collomb, les sources de quelques-uns des cours d'eau les plus importants de la Péninsule ont leurs réservoirs. Les failles dont la contrée est sillonnée me paraissent jouer un rôle au moins aussi considérable que la perméabilité du terrain dans la production de ces sources. C'est à une petite distance au nord de Zafrilla que se trouve la fuente Garcia d'où sort le Tage, le plus grand des fleuves de la Péninsule, Non loin de là prennent également naissance le Guadalaviar qui fertilise la célèbre huerta de Valence, le Jucar et le Gabriel, qui, après s'être confondus, arrosent la partie méridionale du royaume de ce nom. Les eaux de ces divers fleuves doivent, à leur mode d'alimentation, d'être chargées d'une assez forte proportion de carbonate de chaux qu'elles abandonnent en partie dans la région montagneuse. De là des dépôts de tuf assez importants. On en voit notamment le long du Cabriel, au-dessous de Salbacailete et au pont d'Enguidanos. Dans cette dernière localité, ils existent nonseulement dans le fond de la vallée le long des rives du fleuve, mais on en retrouve encore des traces à une assez grande hauteur sur les flancs des collines entre lesquelles elle est encaissée ; ce qui semblerait indiquer qu'a, une époque reculée les eaux du fleuve, retenues par une digue naturelle, ont formé dans cet emplacement un lac d'une certaine étendue (*). (*) Les dépôts de tuf des bords du Gabriel sont des calcaires presque purs, agglutinant des plantes dont ils reproduisent les formes. Un échantillon recueilli au pont d'Enguidanos a donné : Carbonate de chaux. Résidu insoluble renfermant un peu de silice Oxyde de fer avec traces d'alumine. Eau hygrométrique et perte Total

grammes. 0,902 0,036

0,oi0 0,052

1,000

445

Terrain crétacé, sa composition, son étendue. Le terrain crétacé est représenté d'une manière uniforme dans la Ser-

rania par un étage gréseux, auquel succèdent quelques assises marneuses et un dépôt calcaire qui, peu développé dans la partie centrale de la contrée, acquiert, au contraire, une grande puissance vers l'ouest dans les environs de Cuenca.

Les grès qui occupent la base de la formation sont composés de grains de quartz assez grossiers et de particules feldspathiques dans un état de décomposition plus ou moins avancé. Ils renferment assez souvent de petits galets et passent aux poudingues. Cet étage gréseux n'est en général que très-faiblement agglutiné, et, quand il l'est, c'est toujours par de l'oxyde de fer ; il revêt alors des nuances très-vives, parmi lesquelles dominent le rougeamarante et le jaune, et qui, tranchant sur le fond invariablement de couleur grise, lui donnent un aspect bigarré. Les marnes sont verdâtres ; elles ne constituent qu'une assise de peu d'épaisseur, ruais que l'on trouve interposée d'une manière constante dans la Serrania entre les grès et le système calcaire. Les couches placées à la base de ce dernier sont grenues,

un peu marneuses, de couleur grisâtre; elles sont peu épaisses et très-régulièrement stratifiées. Dans la plus grande étendue de la Serrania elles constituent le couronnement de la formation crétacée ; mais dans la direction de Cuenca, où, comme nous l'avons annoncé, celle-ci se trouve être beaucoup plus développée, elles sont recouvertes par des calcaires saccharoïdes et cristallins de couleur blanche ou rosée, en masses puissantes assez mal stratifiées, auxquelles succèdent d'énormes bancs de calcaire gris, exploités pour pierres de taille sur de nombreux points aux environs de cette ville, et qui, formant escarpement audessous des murailles qui l'enceignent, en rendent la position à la fois très-défensive et très-pittoresque.