Annales des Mines (1865, série 6, volume 8) [Image 197]

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GÉocrÉrsa. REVUE DE GÉOLOGIE.

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Crensennent des vallées et des lacs.

l'origine des vallées et des lacs alpins, en s'occupant plus particulièrement du lac de Genève: Voici comment il formule ses conclu-

Les géologues ne sont pas d'accord sur la nature et sur l'impor-

sions

tance des causes qui ont produit le relief du sol. Les discussions desquelles nous avons rendu compte précédemment se sont continuées relativement à l'origine des vallées et surtout des lacs, particulièrement des lacs alpins (1). Divers géologues, parmi lesquels il faut citer MM. Ramsay, Juk es, de Mortillet, Tyndall, pensent toujours que les lacs ont été affouillés ou creusés par les anciens glaciers ; en outre, ils attribuent les vallées des Alpes à l'érosion produite par ces agents. Les mêmes idées ont été adoptées par plusieurs géologues américains. M. Youle Hi n d (2) observe, par exemple, que dans la péninsule du Labrador les flancs des plateaux sont couverts de blocs erratiques, aux arêtes plus ou moins arrondies, et empruntés aux roches de la contrée. Ces blocs ne se rencontrent qu'a partir d'une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer, et les roches avoisinantes présentent fréquemment des stries et des surfaces polies. M. Youle B n cl en conclut qu'ils ont été apportés par des glaciers. Il pense que ce sont également les glaciers qui ont creusé les nombreuses dépressions occupées aujourd'hui par les lacs de la contrée du Saint-Laurent, et à l'appui de cette opinion, il invoque l'autorité

de MM. Agassiz, Logan, Newberry.

Toutefois la théorie du creusement des lacs et des vallées par les glaciers a trouvé de nombreux adversaires parmi lesquels nous signaleronS1MM. Studer, Desor, A. Favre, et Sir Roderick

Murchison.

Ainsi M. S tu der (3),: qui a si bien étudié les Alpes, ne met pas en doute que les vallées n'y soient généralement le résultat de

ruptures. Il

observe, en effet, que les couches formant leurs versants

se coupent souvent sous des angles plus ou moins obtus. Ces vallées ont d'ailleurs été remplies par les débris des alluvions anciennes,

qui tantôt sont restés en place, et tantôt se sont affaissés, en donnant lieu à des excavations qui ont alors produit des lacs. M. Alphonse Favre (4) traite également cette question de (s) Revue de géologie, II, 163 h 166; iII, 208. Geological Society, 1864, 122.

Archives des sciences physiques el naturelles, 1864 : XIX, 20.- Bibliothèque universelle de Genève. A. Favre. Lettre adressée à Sir Ro d erick J. Mur chis on sur l'origine des lacs Alpins et des valtées.

1° Le lac de Genève n'est pas tracé suivant la ligne médiane ou centrale des glaciers réunis qui s'étendaient du Rhône au Jura. s' Ces anciens glaciers n'ayant pas eu la force d'enlever l'alluvion ancienne en aval de Genève, n'ont pu produire dans les bassins lacustres ce qu'on nomme l'affouillement. S'ils n'ont pu creuser ces bassins, ils ont encore moins creusé les vallées qui y aboutissent. 3° Les vallées et les bassins des pays de montagnes sont liés avec la cause qui a donné aux chaînes leur caractère orographique, et aux couches leurs positions plus ou moins inclinées. 4. La situation des lacs Alpins en général, et du lac de Genève

en particulier, a été déterminée par une ligne de redressement ou de renversement des couches. La forme du lac de Genève' lui était donnée, dans sa partie orientale, par la courbure des montagnes de sa rive méridionale, et dans sa partie occidentale par son parallélisme avec le grand axe anticlinal qui traverse la Suisse.

5° Enfin sa plus grande profondeur est située sur la ligne du renversement des couches qui existe à la jonction des Alpes et de la plaine.

Par conséquent les bassins semblables à celui du lac de Genève ne sont pas le résultat d'une cause externe au globe, mais ils 'sont un effet de la volcanicité, ce mot étant pris dans le sens qui lui a été attribué par Humboldt, savoir : l'influence qu'exerce l'intérieur

d'une planète sur son enveloppe extérieure dans les différents stades de son refroidissement.

Enfin, dans son adresse à la Société royale de géographie, Sir Roderic k Mur c h is on a traité la question des glaciers et des glaces flottantes au point de vue de l'action qu'ils exercent sur les roches (1).

Sir R. Mur chison ne saurait admettre que la pression des glaciers ait pu déterminer la formation de grandes vallées et creuser des bassins comme ceux des lacs dé Suisse et d'Italie. Il rejette complétement cette hypothèse en s'autorisant surtout des études

de MM.- Martins, Gast al di, Studer, Favre, Desor, ces géologues ont démontré, en effet, que, dans bien des cas, les anciennes moraines des glaciers reposent sur des alluvions, ce qui prouve que leur faculté d'érosion est relativement limitée. Le savant directeur du Geological Survey ajoute que l'orientation des lacs des Alpes et la (s) Geological. Maga:ine , 1, 126.