Annales des Mines (1847, série 4, volume 11) [Image 3]

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GISEMENT DU SEL GEMME

eurent fait découvrir le puissant dépôt de sel gemme de la vallée de la Seille, et lorsqu'il fut reconnu que ce dépôt appartenait au terrain des marnes irisées , on fut conduit à admettre que le gîte salifère de Salzbronn devait également être rangé dans ce terrain; et il était bien établi, en tout cas, que le gypse signalé dans l'ancien puits est su-

bordonné aux marnes irisées qui se montrent en différents points aux abords de Sarralhe. Cette induction était bien plus naturelle, alors que Salzbronn n'est éloigné de Dieuze que de 44 kilomètres,

que ne l'aurait été une assimilation avec le gîte salifère de la Souabe qui, comme on sait , se trouve dans le muschelkalk , et non pas, à l'instar de celui de la Meurthe , dans les marnes irisées. Aussi, M. d'Alberti a-t-il dit dans un ouvrage justement estimé : « Le sel gemme de Sarralbe appartient bien indubitablement à la même formation que celui de Vic (i). » Cependant cette vraisemblance, si grande qu'elle apparût alors, n'était pas la vérité, et c'est ce que je me propose de démontrer dans ce mémoire. Après avoir été délaissée pendant longtemps, l'exploitation de Salzbronn fut reprise vers i 826,' et on y commença un sondage tout contre l'ancien puits. Le but avoué était de rechercher, non ,

pas le sel gemme, mais des eaux salées pl us riches ;

et l'on en obtint, en effet, à la profondeur de 220 mètres, où l'on s'arrêta : elles marquaient 20 degrés. Il est bien probable qu'on avait déjà touché le banc de sel ; en tout cas, il ne pouvait (1) Beitrâge zu enter Monographie des Bunten Sandstems, Musehelkalks und Keupers. 1834. Stuttgart und Tubingen , page 277.

DANS LE DÉPARTEMENT DE LA MOSELLE.

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pas être éloigné, comme la suite l'a prouvé, et cela revenait au même quant à la question géologique. Pour étudier cette question directement , je visitai les lieux en 1831, et je fus saisi tout d'abord d'un grand doute sur le parallélisme des gîtes salifères de la Seille et de la Sarre. En effet, sort-on de Sarralbe dans la direction de Saint-Avold, la route se trouve tout d'abord coupée à travers une colline de marnes, dont *la couleur générale est le rouge lie de vin, et qui sont très-effervescentes avec les acides. Au milieu de ces

marnes on voit, mis en saillie par l'action érosive des eaux, une multitude de lits assez peu continus, formés de pièces en général amorphes, souvent arrondies grossièrement, ou bien réniformes, et qui consistent essentiellement en marnes rouges

ou grises, comme endurcies par un suc calcaire. Ces roches sont peu homogènes, à cassure raboteuse. On y distingue des veines cristallines d'un blanc rosé, dont les acides séparent promptement de petits grains ou plutôt de petits cristaux ébauchés de quartz blanc friable, le reste consistant en chaux carbonatée qui a été dissoute par le réactif. Souvent aussi ces roches sont géodiques et les géodes sont tapissées de cristaux de chaux carbonatée. D'autres fois elles consistent en calcaire gris cristallin concrétionné. Ailleurs ce sont des sortes de rognons de marnes grises, dures, renfermant des veinules de quartz gris, à éclat gras. C'est bien là , certainement, l'ensemble de caractères qui spécialise, en Lorraine, la partie inférieure des marnes irisées; mais j'en pus acquérir la preuve directe sans sortir de ce coin du département de la Moselle.