Annales des Mines (1901, série 9, volume 10, partie administrative) [Image 216]

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STATISTIQUE DE L'INDUSTRIE MINERALE

ET DES APPAREILS A VAPEUR.

que, pour les acheteurs qui ne bénéficiaient pas de marchés à long terme, ces prix ont été plus ou moins largement dépassés. Sur les lieux de consommation, la moyenne générale des prix de vente a été naturellement beaucoup plus élevée. En réunissant les charbons indigènes et ceux que nous avons importés, on estime qu'elle est ressortie à 26 fr. 57 pour l'ensemble de nos départements, y compris la consommation des chemins de fer, au lieu de 22 fr. 89 l'année antérieure. La hausse a donc été moyennement de 3 fr. 68; en y ajoutant celle qui s'était produite en 1899 et qui montait à 3 fr. 43, on obtient, en l'espace de deux ans, une différence de 7 fr. 11, qui a pesé lourdement sur les consommateurs. Ainsi que nous l'avons mentionné dans notre rapport concernant la situation de l'industrie minérale en 1899, ce renchérissement anormal des combustibles a pris naissance en Angleterre, à la suite de la grève générale des mineurs du pays de Galles. Il a été grossi par les besoins exceptionnels qu'a entraînés la guerre du Transvaal pour les armements des troupes anglaises et pour l'affrètement des navires consacrés à les transporter à l'autre extrémité du monde. La répercussion s'en est fait sentir dans l'Europe entière, qui est tributaire de l'Angleterre pour la houille. Malgré cela, notre consommation de combustibles minéraux, dont l'essor n'avait cessé depuis 1894 et qui dépassait déjà de 4.5 p. 100 en 1899 le chiffre de 1898, s'est beaucoup développée en 1900. Elle s'est, en effet, élevée à 48.803.000 tonnes, soit 3.575.000 ou 7,9 p. 100 de plus que l'année précédente. Le surcroit d'activité que l'Exposition universelle de Paris a imprimé à toutes sortes d'industries en est manifestement, sinon la cause unique, du moins l'une des causes principales. Nos houillères n'ont malheureusement pas été en mesure d'accroître leur production dans une aussi forte proportion. Les combustibles bruts, triés ou lavés, y compris la consommation propre des mines, qu'on a extraits eu 1900 des 301 concessions en activité, ont formé un total de 33.404.000 tonnes, dont 683.000 tonnes de lignite. L'augmentation annuelle a été de 541.000 tonnes seulement, ce qui représente 1,6 p. 100. Un excédent analogue, également de 1.6 p. 100, avait été obtenu en 1899, par rapport à 1898. Ce sont là des progrès très faibles, si l'on observe que l'accroissement moyen de notre production houillère pendant les cinq années antérieures a été de 4,8 p. 100.

Notre grand bassin du Nord et du Pas-de-Calais a produit 20.264.000 tonnes, soit 403.000 tonnes (ou 2 p. 100 environ) d'augmentation. Celui de la Loire, 4.022.000 tonnes, soit 164.000 tonnes (ou 4 p. 100) d'augmentation. Parmi les autres bassins, qui sont moins importants, on constate un développement de l'extraction plus sensible en Auvergne et dans les mines de lignile de la Provence notamment. Par contre, le groupe du Tarn et de l'Aveyron, qui comprend les bassins de Carmaux, d'Aubin, de Rodez, de Saint-Perdoux, a vu sa production, qui était de 1.844.000 tonnes en 1899, décliner de 144.000 tonnes (près de 8 p. 100). Les houillères du Centre ont également accusé quelques diminutions. Cet état des choses est principalement dû aux grèves qui se sont déclarées dans les mines de charbon avec une grande persistance, à la fois en 1899 et en 1900, principalement à Montceau et dans les houillères de Saint-Étienne et de Rive-de-Gier pendant la première de ces deux années; à Carmaux, à Saint-Éloy, aux houillères du Pas-de-Calais et de nouveau à Montceau pendant la seconde. En 1899, le nombre des journées de chômage, correspondant à 24 grèves, a été de 427.000 et, en 1900, on n'a pas compté moins de 41 grèves ayant entraîné 477.000 journées de chômage. De là une réduction d'au moins 1 p. 100 sur le montant annuel de la production. D'autre part, soit comme conséquence indirecte des grèves, à cause de l'agitation à laquelle elles ont donné lieu parmi les mineurs, soit pour d'autres causes plus générales, le travail des ouvriers a été moins productif. Finalement, le rendement moyen individuel, pour les ouvriers du fond et du jour réunis, a diminué de 7 tonnes dans l'année ; et l'on avait déjà constaté une réduction analogue, moindre à la vérité, et qui était de 4 tonnes, pour l'année 1899. Bien qu'une certaine restriction du travail ait été également notée dans les statistiques étrangères en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, on ne saurait se dissimuler qu'il y a là un sujet de préoccupations quant au développement, si désirable, de notre production houillère. Avant d'aller plus loin, il convient de jeter un coup d'œil sur la situation de cette industrie à l'étranger. Le renchérissement de la houille s'est manifesté, à des degrés divers, dans tous les pays, notamment en Angleterre et en Belgique, où le prix de vente de la tonne sur le carreau des mines, qui était moyennement de 9 fr. 41 et de 12 fr. 43 en 1899, a haussé respectivement de 4 francs et de 5 francs, presque exactement. Il

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