Annales des Mines (1907, série 10, volume 12) [Image 71]

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DANGERS PRÉSENTÉS PAR LES LAMPES DE SÛRETÉ

rallumages dans le mélange explosif de gaz d'éclairage avec un seul tamis tête en bas, ayant placé d'avance, dans le chapeau du tamis, une pastille découpée dans une bande fraîche; au premier rallumage, le passage au dehors s'est produit au bout de deux secondes. En recommençant avec 5 pastilles, le passage s'est produit au bout d'une seconde. En plaçant seulement des fragments de bande paraffinée sans pastilles, il n'y a pas eu de passage : c'est donc le phosphore seul qui a produit celui-ci dans les essais précédents. La probabilité pour que des pastilles de phosphore parviennent non consumées dans le tamis paraît bien faible en pratique, puisque, après chaque rallumage effectif delà lampe, le bout de bande émergeant de la boîte du rallumeur est forcément consumé d'une façon complète, à cause de sa proximité de la flamme de la lampe. Toutefois on ne peut pas la considérer comme absolument nulle, parce qu'il peut arriver que la bande, en se tordant et se consumant d'une façon incomplète, laisse tomber dans le bas de la lampe une pastille intacte, laquelle,, dans une manœuvre ultérieure de rallumage faite on renversant la lampe, pourra retomber dans le tamis. Cette éventualité pourrait également se produire dans le cas suivant, qui n'a rien d'invraisemblable : les lampes d'un chantier sont éteintes par répercussion d'un coup de grisou survenu dans le voisinage. Les ouvriers de cechantier veulent rallumer leurs lampes ; les amorces des. rallumeurs mal réglés ne partent pas, et les ouvriers actionnent un grand nombre de fois, sans succès, la tige de commande du rallumeur. Enfin, une pastille s'allume ; si à ce moment l'atmosphère du chantier est explosive,, le passage de la flamme à travers le tamis intérieur sera provoqué à coup sûr par les pastilles en contact avec la toile du tamis. Il nous a donc paru nécessaire de vérifier si, dans cette-

MUNIES DE RALLUMEURS A AMORCES FULMINANTES

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hypothèse, la déflagration de une ou plusieurs pastilles est susceptible de provoquer le passage de la flamme à travers les deux tamis. Nous avons alors recommencé ces essais, la lampe munie de ces deux tamis, sans cuirasse, placée tête en bas dans le mélange explosif, en mettant dans le chapeau du tamis intérieur 5 pastilles de phosphore (2 essais), puis 10, et enfin 15 pastilles ; dans chaque cas, le passage s'est produit au bout de deux secondes environ du tamis intérieur dans le tamis extérieur, mais sans traverser celui-ci, bien que, dans un cas, il se soit produit une inflammation tardive avec forte explosion de l'une des pastilles, alors que le mélange brûlait déjà depuis trois ou quatre secondes dans le tamis extérieur et que les toiles fussent rouges : le double tamis suffit donc à écarter la cause de danger en question. (*) Ces essais ont été complétés en faisant des rallumages, tète en bas, avec un seul tamis enduit au préalable de paraffine, ou arrosé de benzine : dans aucun cas il n'y a eu passage. Nos expériences, ainsi poussées à outrance, confirment donc pleinement les conclusions optimistes précédemment formulées par les différents expérimentateurs sur les rallumeurs au phosphore blanc, et nous permettent de proposer le maintien de leur emploi : conclusion fort heureuse, car sans rallumeurs on n'aurait pu conserver les lampes à essence, qui, sauf extinction plus facile dans les courants d'air, présentent de si grands avantages sur les lampes à huile, d'abord comme constance de pouvoir éclairant pendant toute la durée d'un poste, ensuite pour (*) Dans la lampe Fumât, transformée en lampe à essence, il n'y a, il est vrai, qu'un seul tamis, mais le chapeau de ce tamis est en tôle pleine, et les pastilles qui s'y seraient logées brûleraient par suite contre une paroi pleine et non contre le tamis. Par contre, le danger signalé serait très grand si l'on adaptait ces rallumeurs à des lampes Mueseler transformées en lampes à essence.