Annales des Mines (1898, série 9, volume 14) [Image 50]

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DU RÔLE DE L'OXYDE DE CARBONE

Parmi les mesures qu'il préconise pour sauvegarder

l'existence des ouvriers surpris par une explosion de grisou, M. le Dr Haldane insiste sur les points bien connus

du prompt rétablissement de l'aérage et du sang-froid nécessaire aux ouvriers qui doivent, avant tout, éviter de se précipiter sur le parcours des gaz de l'explosion. Il conseille la construction de chambres de refuge ,imperméables à l'air, avec doubles portes hermétiques et solides, qui pourraient assurer l'existence pendant dix heures à autant d'hommes qu'elles contiendraient de fois 2mr,83 de capacité.

On ne peut qu'approuver ces conseils fort judicieux, mais il nous parait à propos de faire observer que, dans

la mine de Tylerstown, spécialement étudiée par le D Haldane, la teneur en grisou, d'après l'auteur, atteint, dans le puits de sortie d'air, la proportion de 1,87 p. 100, et la première mesure à conseiller en

pareil cas serait d'abaisser cette teneur (exorbitante pour un puits de, retour d'air) en augmentant le volume d'air frais parcourant les travaux, ou, si cela est impossible, en restreignant la production. Comme mesure à prendre pendant le sauvetàge des victimes, il convient de signaler, en dehors des appareils respiratoires, la précaution suivante indiquée par le D' Haldane. L'auteur a remarqué que les animaux de trèsq)etite taille à sang chaud sont beaucoup plus rapidement incommodés que l'homme par l'oxyde de carbone, à tel point que, dans une atmosphère à 0,4 p. 100, une souris s'évanouit après trois minutes, tandis qu'un homme ne commence à être incommodé qu'au bout d'une demiheure. Il serait donc très utile, pour les sauveteurs pénétrant dans les travaux après une explosion de grisou, d'emporter avec eux dans une cage, ou simplement .dans un tamis de lampe, une souris ou tout autre animal à sang chaud de petite taille : il serait prudent de considérer le

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danger comme imminent au moment où la souris perd connaissance. M. Haldane conseille de conserver pour cet usage quelques souris en cage soit dans la chambre des machines du ventilateur, soit dans les écuries ou dans tout autre endroit convenable. Ce moyen nous parait d'autant plus intéressant à signa-

ler que l'oxyde de carbone est déjà mortel, et même très rapidement à une teneur qui n'influe en rien sur l'aspect des lampes d'éclairage. En résumé, les observations du Dr Haldane mettent hors de doute, dans la catastrophe de Tylerstown, l'influence de l'oxyde de carbone comme cause unique de la mort de 90 p. 100 des victimes ; ce gaz aurait également, d'après lui, produit à lui seul la mort de 19 victimes sur 20 dans l'explosion de Brancepeth, et de la totalité des victimes, au

nombre de 46, de celle de Micklefield. Ce rôle, pour ainsi dire exelusif, de l'oxyde de carbone dans ces trois explosions, tient sans doute à ce que la combustion des poussières de houille, très abondantes et très inflammables

dans ces mines (ainsi que l'indiquent les rapports et annexes du D' Haldane), a produit une proportion exceptionnelle d'oxyde de carbone, comme dans l'accident de La Machine rappelé plus haut. Mais bien que les études du Dr Haldane et les constatations faites dans des cas analogues ne permettent pas de conclure que l'action de ce gaz soit aussi prépondérante

dans les conséquences de tous les coups .de grisou, -il parait nécessaire, ou tout au moins très prudent, d'en tenir toujours compte dans les *mesures à prendre tant pour l'organisation du sauvetage que pour la préservation des ouvriers surpris par l'explosion. L'intérêt pratique que présentent à cet égard les études du genre de celles entreprises par M. le Dr Haldane fait

espérer que l'exemple de ce savant sera suivi dans d'autres pays. En France, des expériences sur l'action