Annales des Mines (1898, série 9, volume 13) [Image 243]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

478 RECHERCHE ET EXPLOITATION DE L'OR EN GUYANE

une angoisse visible. Chacun sait cependant qu'en fait d'endurance, les prospecteurs d'or, à quelque nationalité qu'ils appartiennent, sous quelque climat qu'ils travaillent, sont une race que rien n'effraie (*). Surface occupée par les travaux d'exploitation. Ce qu'il y a de remarquable dans le « rush » du Carsewène, c'est la surface incroyablement restreinte sur laquelle se

sont exclusivement concentrés les travaux. Il n'y a eu .en réalité que deux rivières de faible importance qui aient

été l'objet de. travaux suivis, et ces derniers ne se sont pas étendus dans chacune de ces vallées sur une longueur supérieure à qUelques kilomètres, comme l'indique le croquis reproduit à la Planche VIII, fig. 1, qui donne une

idée d'ensemble des travaux du Carsewène, et que je dois à l'obligeance de M. Maurice Bernard, Ingénieur au Corps des Mines, dont j'ai résumé plus haut les travaux sur la géologie du Contesté ; ces deux rivières, dénommées l'une l'Usine, et l'autre la Grande-Crique, ont leur source, corn(*) Des événements identiques, mais plus lamentables encore à cause du climat, se déroulent en ce moment rneine au Klondyke sur les frontières de la Colombie et de l'Alaska. Le télégramme suivant indique bien les préoccupations qu'a fait naître aux Etats-Unis cette grave situation. Drontheim (Norwège), 17 Décembre 1897: « Un envoyé du Gouverne« ment des Etats-Unis est arrivé ici. « Il a pour mission d'acheter 1.000 rennes et d'enrôler 100 hommes

.« destinés à former une expédition de secours, qui sera envoyée au « Klondyke, pour porter des vivres aux affamés. La spéculation sur les transports par mer a fait remettre à flot des steamers condamnés. L'un d'eux, le Ilelen W. Almy, a sombré avant d'être sorti de la baie de San Francisco. Les journaux de cette ville signalent plusieurs cas semblables à l'attention des pouvoirs publics. L'Engineering and Mining Journal (Ir 14, 2 avril 1898) exprime le sou-

hait qu'on ne laisse plus partir de steamers chargés de mineurs, destinés par avance à faire un trou dans l'eau (a berth on the bottom of the Ocean).

D'après l'enquête très approfondie de ce grand journal sur le Klondyke,

la majeure partie des prospecteurs qui s'y rendent en ce moment, se compose de gens étrangers au métier et d'Australiens. Les Anglais et les Américains s'abstiennent. Les mineurs expérimentés estiment que les découvertes faites dans cette contrée ont été volontairement et considérablement exagérées.

RUSH DU CONTESTÉ FRANCO-BRÉSILIEN

479

mune sur la 'crête séparative du Carsewène à l'Est et. de l'Yaoué à l'Ouest ; ce dernier, affluent de l'Oyapok. Constatons, en passant, qu'on retrouve là la disposition favorite des placers, symétriquement disposés par rapport à une crête, que j'ai signalée dans le 'Chapitre précédent. Conditions du travail au Carsewène, La vallée de l'Usine est celle dans laquelle on_a trouvé la plus grande accumulation de richesses. C'est surtout au point de rencontre de la vallée principale avec l'affluent droit Onémark, du nom de l'heureux prospecteur quiy a exécuté les premiers travaux, que s'est trouvée concentrée la principale richesse. A cet endroit, les sluices des exploitants 'étaient presque en contact les uns aveé les autres; chacun se contentait de travailler sur la surface occupée par son propre appareil, en ne conservant pour se séparer du voisin qu'une mince cloison destinée à empêcher les eaux du chantier juxtaposé de ..pénétrer chez lui ; car chacun devait pourvoir, au moyen de seaux manoeuvrés à bras d'hommes, à l'asséchément de son propre chantier. L'eau sortant d'un sluice était immédiatement captée par le voisin limitrophe en aval, et la même opération se répétait jusqu'à l'endroit où, la pente du bed-rock devenant insuffisante, il était impossible d'assurer l'épuisement avec les moyens informes dont on disposait. Au confluent même des deux vallées, on n'est jamais arrivé, jusqu'à ce jour, à atteindre le fond de la couche le- dernier exploitant qui a travaillé dans cet endroit en était arrivé à employer la main-d'oeuvre dont il disposait (plus de 60 coolies) à assécher le chantier depuis le lever du jour jusqu'à deux heures de l'après-midi. Les 'travaux sur les placers s'arrêtant habituellement à quatre heures, il ne disposait en réalité que de deux heures de travail effectif pour rémunérer son travail et ses risques et assurer le salaire de ses hommes. Son opération s'est cependant soldée par un bénéfice. Loin de diminuer; la teneur en or dans cet endroit