Annales des Mines (1889, série 8, volume 16) [Image 333]

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que la valeur des prix moyens de vente a presque quadruplé, C'est une véritable pluie d'or qui s'est déversée durant ces années sur les propriétaires de ruines de charbon. Mais le contre-

arrivés pendant la période de prospérité, et les propriétaires ont échoué dans leurs efforts pour les réduire. A cette cause d'élévation des frais généraux sont venues s'ajouter les dépenses résul-

chiffres suivants.

tant de la nécessité d'engager de nouveaux ouvriers, appelés souvent de fort loin, et n'ayant ni l'adresse ni la force de travail des anciens mineurs indigènes dont le nombre était graduelle-

coup n'a pas tardé à se faire sentir, ainsi qu'il ressort des Il a été extrait en Prusse En 1877, 33 2/3 millions de tonnes de charbon valant. En 1882, 47 En 1887, 54 1/5 En 1888, 59

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233.332.000 fr. 290.938.000 330.000.000 365.000.000

De ces indications il résulte que, si d'une part les quantités extraites pendant les seize années allant de 1872 à 1888 ont de nouveau plus que doublé, d'autre part la valeur totale de cette production n'est pas sensiblement supérieure à celle de 1872. Les prix de la tonne de charbon qui étaient en 1862 de 6,50, et en 1872 de 13 francs, n'étaient plus en 1888 que de 6 francs. Les mines de Saarbrück, appartenant à l'État, et qui sont beaucoup moins riches que celles de la Ruhr, n'ont cessé de donner un rendement suffisant et elles ont largement payé les intérêts des capitaux engagés, malgré de notables amortissements. Dans les districts de la Ruhr, par contre, les propriétaires se sont laissé entraîner par l'appât du prix élevé du charbon en 1871 et 1872, à augmenter leur exploitation tout en se livrant à de nouvelles et coûteuses installations. Ces installations ont été l'occasion de dépenses d'autant plus fortes qu'elles ont eu lieu à

un moment où les salaires, par suite de l'activité générale,

avaient augmenté, où tous les matériaux de construction étaient fort chers et où les propriétaires, éblouis par l'abondance de l'argent, avaient cru devoir donner à leurs établissements un agencement luxueux. Les mines nouvellement installées ont naturellement été de suite mises en exploitation et ont voulu à leur tour vendre leur charbon. D'autre part, les anciennes naines ont forcé leur production pour chercher de leur côté à tirer profit des prix élevés qui régnaient à cette époque. Il s'en est suivi de véritables excès de production, entraînant nécessairement une dépréciation de la marchandise. Cette dépréciation est devenue inquiétante à la suite de la crise industrielle qui a éclaté en Allemagne et en Autriche en 1873 et qui a contraint les maîtres de forges, qui sont les principaux clients des mines, à limiter considérablement leurs achats de combustible. Malgré cette baisse des prix de vente, les ouvriers ont réussi à faire maintenir les salaires à peu près au taux où ils étaient

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ment devenu insuffisant. (On sait d'ailleurs que les ouvriers ont obtenu à la suite de la grande grève du printemps de la présente année 1889, une certaine amélioration de leur situation.) Le mouvement de recul qui a frappé la prospérité de l'indus-

trie du charbon en Prusse en 1873 et pendant les années suivantes, aurait été moins vivement ressenti si les propriétaires avaient formé de fortes réserves au temps de leur prospérité. Les

sociétés charbonnières par actions, toutefois, ont été moins atteintes que les exploitations particulières, par la raison que la loi et leurs propres statuts leur imposent l'obligation de constituer et d'entretenir un fonds de réserve. Dans aucune industrie, la nécessité de prélever, sur les rendements nets, un fonds de prévoyance n'est aussi impérieuse que dans l'industrie du charbon, non seulement à cause des accidents qui peuvent atteindre toute exploitation minière et à cause des fluctuations du marché, mais aussi parce que toute mine est destinée à s'épuiser dans un avenir plus ou moins éloigné. Aussi les propriétaires bien avisés ne devraient-ils considérer comme rente disponible qu'une faible partie du rendement de leu" mine. C'est pour avoir méconnu les conseils d'une sage prudence que

les districts de la Ruhr ont eu à lutter jusqu'à cette année-ci contre une baisse excessive des prix. Le moyen adopté actuellement par les propriétaires ne consiste pas d'ailleurs en une res-

triction de production. Comme tant d'autres industriels allemands, ils ont choisi l'arme à deux tranchants de la coalition pour forcer la hausse des prix; les résultats obtenus sont notables, et l'on assure que l'on doit prochainement s'attendre à une

nouvelle hausse de 20 à 30 p. 100, hausse que la spéculation escompte par avance en se montrant depuis quelques jours très portée à acquérir des actions de compagnies minières.

Le nombre des mines de charbon exploitées en Prusse était, en 1862, de 434, chiffre qui, bien que le rendement total fût plus considérable, baissa en 1867 à 426, pour se relever à 476 en 18'72, moment dela grande prospérité,. A partir de cette date, le nombre

des naines exploitées baisse de nouveau, et en 1887, on ne se trouve plus en présence que de 357 établissements. L'extraction Tome XVI, 1889.

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