Annales des Mines (1882, série 8, volume 1) [Image 305]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

592

BULLETIN.

tré que toute la craie blanche et la partie supérieure de la craie de Rouen sont très aquifères. Dans un seul des puits, la venue d'eau a dépassé 7.500 litres à la minute. Il ne serait donc pas possible de percer le tunnel dans ces couches, et l'on a dû, par des cuvelages très soignés, isoler les puits de ces couches aquifères. Au contraire, la base de la craie de Rouen ne laisse passer que

très peu d'eau. C'est dans cette partie que le tunnel devra être percé, les études géologiques ayant montré que la couche parais-

sait se poursuivre, sans discontinuité, ni fracture, de France en Angleterre.

Les eaux pénétrant dans les travaux sont douces et de

595 dans la couche une pente descendante à peu, près régulière de BULLETIN.

mers de Calais), adopté pour les cartes sur lesquelles ont été rapportées les explorations géologiques de 1875-1876. Le fonçage de ces puits, dont l'un a 50,40 de diamètre, a démon-

080, ou 12mm,5 par mètre.

La couche du côté anglais, un peu plus puissante que du côté français, présente une très grande régularité. Aussi la machine Beaumont, qui a été employée au percement, a pu y tracer facile-

ment une galerie parfaitement cylindrique qui a atteint aujourd'hui plus de 1.800 mètres à partir du puits, dont 1.400 mètres environ sous la haute mer. Sur cette longueur, déjà considérable, il n'y a, pour ainsi dire, aucune venue d'eau. Dans les bancs qui forment la base de la craie de Rouen, la roche eu masse est presque complètement sèche ; elle dégage même de la poussière sous le choc des outils. Les venues d'eau qui y sont

observées ont toutes le caractère de petites sources sortant des très

bonne qualité ; à la partie supérieure seulement, on a trouvé quelques filets légèrement salés. Néanmoins, la communication des nappes aquifères avec la mer est rendue évidente par l'oscillation du niveau de l'eau dans les puits selon la marée, et par l'affluence toujours plus considérable à marée haute. Cela est d'ailleurs facile à comprendre, toutes les couches aquifères allant affleurer dans le étroit sous la mer. L'Association française, pour mieux connaître la couche praticable, a commencé au fond des puits des galeries destinées à s'avancer sur la mer, en contournant le bombement déjà signalé des Q uénocs.

Dans l'une de ces galeries, située à 55',20 au-dessous du zéro hydrographique, fonctionnera la perforatrice due au colonel Beau. mont, et dans l'autre, la machine inventée par M. Brunton, Mécanicien anglais. Du côté anglais, la Compagnie du South-Eastern-Railway, qui n'a cessé de se tenir en rapport avec l'Association française, en se basant sur les indications géologiques que celle-ci s'est empressée de lui fournir, a commencé à Shakespeare-Cliff, entre Folkestone et

Douvres, un puits de 47 mètres de profondeur seulement, tout entier dans la craie de Rouen. Les quinze premiers mètres, situés au-dessus de la mer et sur le bord de la falaise, se trouvent naturellement drainés. Les 32 derniers mètres sont dans la partie qui, peu aquifère du côté français, a été là rencontrée tout à fait imperméable. Grâce à cette circonstance si heureuse, on a pu commencer au

fond du puits, à la cote de 29 mètres au-dessous du zéro hydrographique français, une galerie s'avançant sous la mer en suivant

joints de fracture ou diaclases que l'on rencontre de temps à autre. Un des avantages sérieux de la forme parfaitement cylindrique, à parois unies, que produit le fonctionnement dela machine de M. le colonel Beaumont, est de pouvoir facilement isoler la galerie de ces suintements.

Cet isolement se réalise par l'emploi d'un revêtement en fonte formé d'anneaux ayant exactement, comme diamètre extérieur, le

diamètre intérieur de la galerie. Les anneaux, d'une hauteur de on,30, sont divisés en cinq segments consolidés par des nervures, à travers lesquelles passent des boulons qui réunissent les segments entre eux, et chaque anneau aux anneaux voisins. Lorsqu'une fissure laissant passer l'eau est rencontrée, on pose un ou plusieurs anneaux de fonte, de manière à la masquer cornplètement.

La pose d'un anneau se fait en plaçant d'abord les quatre premiers segments; le cinquième forme clef, et les boulons tendent, pour celui-là, à le séparer du segment voisin, en appuyant fortement tout l'anneau contre la roche par son expansion même ; le joint, d'ailleurs très faible, qui existe entre les deux segments est rendu lui-même étanche par l'intercalation préalable entre la fonte et la roche, le long du joint, d'une bande de tôle mince. Lorsque les sources ne sont pas très faibles et que l'eau jaillit avec une certaine vitesse, on a employé avec succès une sorte de mastic au minium qu'on place entre les segments et la roche, et qui est comprimé à la façon d'un joint à eau, par le serrement des anneaux contre la roche. Le mastic sert aussi à assurer l'étanchéité entre deux anneaux voisins.

' Quand la fissure de la roche est très oblique à la direction de la galerie, on est parfois obligé d'accoler plusieurs anneaux à la