Annales des Mines (1880, série 7, volume 17) [Image 139]

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REYUE DE GÉOLOGIE. 176 évaluer les eaux souterraines qui, s'infiltrant dans le sol, forment des nappes se rendant directement dans l'Aral. Quoi qu'il en soit, il est probable que l'Aral finira par disparaître ou par se réduire à un groupe de petits lacs. L'étude de l'Amon se relie intimement à celle de la région aralo-

caspienne. Ce grand fleuve, l'Oxus des anciens, se déversait primitivement dans la Caspienne; mais au xv° siècle, les innombrables prises d'eau, utilisées pour les irrigations, paraissent avoir déter-

miné un ensablement de son lit, en sorte qu'il s'est jeté par un delta dans le sud de l'Aral. Il s'y rend par 5 branches, l'Oulkoun Damia, qui débite 7/9 de ses eaux, le Jauy--Ssou et le Taldyk, ame-

nant chacun 1/9. Dans l'état actuel, les irrigations de l'oasis de Khiwa, qui ont lieu de mi-avril à fin juillet, et qui se font par des canaux séloignant d'une trentaine de lieues, lui enlèvent plus de la moitié de ses eaux, entre Pitujack à l'amont et Noukouss à l'aval. L'ancien lit de l'Oxus ou l'Ousboï a une longueur de 55o kilomètres. Il occupe la partie la plus basse de la steppe turkomane,

entre le plateau d'Ust-Urt et la steppe de Kara-Kun. Ses eaux venaient déboucher sur le bord oriental de la Caspienne, dans le golfe au sud du grand Balkan. Quelques lacs en jalonnent encore

la trace, et les colonels Stehnitzki et Glowkhowsky, qui l'ont exploré, ont retrouvé facilement ses anciennes rives. Le gouvernement russe a fait étudier la question du rétablissement de l'Oxus dans son ancien lit et de son retour à la Caspienne.

Il ne paraît pas que ce travail présente de grandes difficultés, l'ancien lit se trouvant bien conservé et étant seulement occupé sur certains points par des sables que les vents ont amenés et nue

le fleuve entraînerait facilement. On peut craindre, il est vrai, que cette opération, privant forcément l'oasis de Klih',a d'une partie de ses eaux d'irrigation, ne vienne nuire à sa prospérité. Mais, dans le cas où elle se réaliserait, on posséderait, comme dans l'antiquité, une voie commerciale facile entre la Caspienne et l'Asie centrale. D'un autre côté, Pall as a depuis longtemps signalé l'existence d'une communication de la Caspienne avec la nier Noire; elle avait lieu sans cloute par un détroit qui est actuellement comblé parles alluvions clans lesquelles on trouve des mollusques vivant encore dans la Caspienne ; ce détroit suivait les bas-fonds dans lesquels

cou-

lent maintenant le Kouma et le Manytsch oriental, qui se rendent dans la Caspienne, tandis que le Manytsch occidental se déverse dans la mer d'Azof. Un canal creusé dans ce détroit parait possible et rétablirait un état géologique antérieur; il mettrait

GÉOLOGIE DYNAMIQUE.

277 leurs en communication la mer Noire avec la Caspienne et avec l'Asie centrale.

Changements subis par l'estuaire de la Garonne. Dans le but d'étudier les changements qui s'opèrent dans l'estuaire de la Garonne, M. A rti gues (1) a comparé les cartes hydrographiques de l'estuaire à différentes époques et a dressé en même temps des profils suivant une série de plans parallèles. Il constata ainsi que de 1825 à '854, il y avait un affouillement de om,042 en moyenne par année, tandis que de 18511 à 1875 il s'est produit un

exhaussement qui s'est élevé en moyenne à om,052 par année. Cette différence doit sans doute être attribuée à ce que des crues et des courants plus rapides ont balayé le fond de l'estuaire pendant la première période. M. Ar ti g u es a constaté de plus que, depuis 1825, les laisses des basses mers ont augmenté sur le littoral de la Gironde, et que l'ouverture de l'estuaire, qui était seulement de 4,7ou mètres en 1785, a maintenant une largeur de 6.3oo mèt.

En outre, comme l'observe M. l'ingénieur Pa iri er, depuis 1752 les bancs qui existaient dans la Gironde n'ont fait qu'augmenter et ont produit de nouvelles îles, tandis que les anciennes croissaient en surface et que des bancs nouveaux se formaient. Les courants ont donc été ralentis et sont actuellement moins efficaces pour entraîner les dépôts du fond qui tend sans cesse à s'exhausser.

Ainsi, la quantité d'eau amenée par le flot dans la Gironde a augmenté, et, d'un autre côté, la profondeur de l'estuaire a diminué.

Il en résulte que les terres basses qui le bordent sont de

plus en plus envahies par les eaux. Cet envahissement, attribué à un affaissement du sol, s'explique très bien, d'après M. A r tig u es, par l'érosion produite par la mer, qui a rongé les côtes et l'île de Cordouan, augmenté l'ouverture de la Gironde, tandis que le fond de l'estuaire subissait au contraire un exhaussement.

Variations de l'oxygène de l'eau de mer pendant lem marées. Gé r ar d in (1) a constaté que la proportion d'oxygène dissous

dans l'eau de mer varie très notablement avec la marée. Ainsi, dans la baie de la Somme, le titre oxymétrique était 8,6 pour litre à 2",15', et à 5°,1'5', c'est-à-dire à l'arrivée du flot et à son reflux; tandis qu'il s'élevait à iie.c,/1 à C,15' au moment où la mer était étale. (1) Soe. Bluté.. de Bordeaux, xxxt. (1) Lettre à M. Delesse, 1879.