Annales des Mines (1874, série 7, volume 6) [Image 158]

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ENQUÊTE SUR L'ÉTAT

cer rapidement sous le terrain jurassique. On espère en retrouver la trace par des sondages exécutés au sud du Vigan, à travers les formations plus récentes. Si ces recherches, qui doivent être poussées au delà de 5oo mètres

de profondeur, amènent la découverte du terrain houiller, on sera fondé à espérer que cette formation s'étend, sans trop de discontinuité, sous le golfe jurassique de Mahall, d'une part, jusqu'aux gisements de l'Aveyron, d'autre part, jusqu'à ceux de l'Hérault. Ce serait alors certainement le plus riche accroissement du terrain houiller français. Mais ce n'est encore qu'une conjecture, sur la valeur de laquelle on ne tardera pas à être édifié. Bassin du Var. - Enfin les ingénieurs pensent qu'il y a quelque chose à entreprendre dans le Var, où le bassin houiller de l'Esterel, concédé en partie, mais à peine exploité, demande à être exploré plus sérieusement. Projet de recherches en Normandie.-- Pour terminer cet exposé, il convient de rappeler que le conseil général de la Seine-Inférieure a voté le principe d'une subvention éventuelle de 5o0.00o francs pour encourager la formation d'une compagnie

normande de recherches. L'une des régions choisies pour les sondages en projet serait le pays de Bray, où l'on sait qu'un soulèvement amène au jour le terrain jurassique. Quelque aléatoire que puisse être une recherche de ce genre, elle offrirait un grand intérêt scientifique, en faisant connaître ce que deviennent les terrains anciens sous ce manteau crayeux compris entre le Nord et le Calvados et dont le pays de Bray interrompt seul la continuité. Opportunité d'une intervention de l'Étal dans les recherches de naines. - Tout le monde sait que la recherche des mines ne peut

guère être entreprise que par des sociétés munies de capitaux puissants et armées d'une persévérance que ne découragent pas les insuccès. La constitution de sociétés de ce genre a toujours été assez difficile en France et, quand elles ont eu à opérer en dehors de bassins déjà partiellement connus, leurs travaux ont été souvent poursuivis sans méthode et sans suite. Aussi beaucoup de bons esprits ont-ils pensé que l'État pourrait

intervenir avec efficacité dans cet ordre de travaux et que le caractère d'utilité générale, offert par la découverte de gisements houillers, justifierait pleinement une telle initiative. Cette intervention peut, d'ailleurs, se faire jour de deux manières, soit par

une participation directe du Gouvernement aux travaux des recherches, soit à l'aide d'études préparatoires entreprises par les

DE L'INDUSTRIE HOUILLÈRE EN FRANCE.

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ingénieurs de l'Etat et devant servir de bases aux recherches de l'industrie privée. Dans le premier cas, les ingénieurs seraient invités à faire con-

naître les régions où il leur paraît probable que des fouilles

peuvent être faites avec des chances raisonnables de succès ; leurs projets, examinés par le conseil général des mines, seraient ensuite mis à exécution dans l'ordre de leur importance relative et des fonds spéciaux permettraient de faire face aux dépenses des sondages. En cas de succès, les demandes de concession ne tarderaient pas à se produire et, pour être indemnisé de ses dépenses, l'État n'aurait à invoquer aucune disposition législative nouvelle,

la loi des mines ayant établi, au profit de l'inventeur d'un gite minéral, non-seulement un droit d'invention, mais encore le remboursement des dépenses utilement faites. A l'appui de cette manière de procéder, on peut citer l'exemple de la compagnie des chemins de fer de l'Est, qui fait étudier par ses ingénieurs les gîtes de combustible ou de ruinerai de fer situés à proximité de son réseau, dans l'espoir que, par la mise à découvert de richesses minérales nouvelles, elle suscitera l'établissement d'industries propres à lui assurer une augmentation de trafic. Cette intervention directe de l'État, bien que très-légitime en soi, pourra peut-être éveiller des scrupules chez ceux qui estiment qu'en matière industrielle, il faut laisser le champ libre à l'initiative privée; on ne manquera pas, sans doute, de faire ressortir combien, dans le cas de dépenses infructueuses, la situation pourra être délicate pour ceux qui en auront assumé la responsabilité au nom et pour le compte de l'État. Toutefois il y a certains ordres de recherches qui ne peuvent guère se concevoir si l'État n'y participe pas d'une manière prépondérante, au moins par des allocations budgétaires. Ce sont les recherches qu'on peut appeler scientifiques, comme, par exemple, celles dont il est question pour la Normandie. En effet, en pareil cas, les chances d'atteindre un gîte exploitable sont des *plus minimes; on n'a que des notions très-confuses sur l'épaisseur des couches à traverser ; on ignore s'il y a des lacunes dans la série habituelle des terrains ; en un mot, la géologie souterraine de toute cette portion du bassin de Paris est encore absolument inconnue. D'autres régions de la France, soit dans les Ardennes, soit dans la Bourgogne et la Franche-Comté, soit dans le Midi, sont dans les mêmes conditions. Or, dans chacune de ces régions, un sondage intelligemment placé peut fournir des notions précieuses sur la nature du fond de la cuvette jurassique et, à l'aide de ces notions,