Annales des Mines (1874, série 7, volume 6) [Image 143]

Cette page est protégée. Merci de vous identifier avant de transcrire ou de vous créer préalablement un identifiant.

264

DE L'INDUSTRIE HOUILLÈRE EN FRANCE.

ENQUÊTE SUR L'ÉTAT

En d'autres termes, 45 p. 100 du nombre des concessions instie

tuées et 53 p. 100 de la surface totale concédée se trouvaient, momentanément au moins, frappés de stérilité. Hâtons-nous de dire que ces chiffres trouveront plus loin leur atténuation, lorsque nous en viendrons à examiner la situation des mines inexploitées. Mais, en attendant, poursuivons l'examen statistique de notre situation. Production houillère de la France. La mesure de l'activité de l'industrie houillère est le chiffre de son extraction annuelle. En 1872, cette extraction a atteint pour la France 158.990.053 quintaux métriques, ainsi divisés 1

Ilouille Anthracite Lignite

144.592.735 10.065.250 4.333.068 158.990.053

90,94 p. 100.

-

6,33 2,73

--

100,00

--

Le tableau ci-contre, dressé à. l'aide de divers documents fournis

par l'administration des mines, fait connaître de quelle manière les diverses concessions se répartissent entre les départements et quelle a été l'extraction de chaque département en 1872. Pour apprécier ce que représente la production actuelle, au point de vue du développement de la richesse houillère en France, il faut remonter en arrière et chercher ce que l'extraction était dans le passé. En 1787,.la France produisait 2 millions de quintaux métriques. En 1812, c'est-à-dire au lendemain de la loi des mines, il y avait, sur la portion du territoire français correspondant à nos limites actuelles, 261 mines de houille, produisant 8.200.000 quintaux. En 1846, 412 concessions produisaient 44.693.420 quintaux. L'extraction s'élevait, en 1859, à 74.407.400 quintaux. Eu 1865, elle atteignait 116 millions de quintaux. Nous avons vu qu'en 1872, elle avait été d'environ 159 millions de quintaux. Enfin, en 1875, elle a atteint 175 millions.

Ainsi la quantité de houille extraite en France, en 1873, est au produit de 18'2 comme 21 est à 1; en nombre ronds, on peut dire que la production est aujourd'hui vingt fois ce qu'elle était il y a environ soixante ans, au moment où la loi des mines a été promulguée. De 1812 à 1846, la progression a été de i à 5, h en trentequatre ans. Elle a été de à 5,70 en vingt-huit ans, de 1856 à 1

1872. La comparaison des chiffres de 1859 et de 18/16 fait ressortir

une augmentation de 68 p. 100 en treize ans; enfin le chiffre de

265

1872, comparé à celui de 1859, accuse une augmentation de 110 p. 100 également en treize ans. En résumé, on peut dire que, depuis la création des chemins de fer, date du grand développement industriel de la France, la production de la houille dans notre pays se double en douze ans et demi, période qui, pour le dire en passant, est peu différente de celle qui correspond au doublement d'un capital placé à intérêts composés.

Cette progression paraîtra remarquable, si on la compare à celle

qui caractérise l'accroissement de la production dans les pays voisins. Ainsi, en Belgique, l'extraction de '860 à 1872 a progressé

de 54 p. 100 en douze ans, ce qui exigerait vingt et un ans pour le doublement. En Angleterre, la production entre i858 et 1862, soit en quatorze ans, a progressé de 90 p. 100, ce qui correspond à une période de doublement de quinze ans et demi. Par conséquent, le développement de l'extraction, en France, suit actuellement une marche plus rapide qu'en Angleterre et beaucoup plus rapide qu'en Belgique.

Il convient de dire de suite que la situation des trois pays n'est pas la même. Les bassins houillers de l'Angleterre et de la Belgique sont depuis longtemps connus et exploités; leur position, si favorable relativement aux voies économiques de transport, a permis,

dès l'origine, de donner à l'extraction un grand développement. En France, au contraire, le riche bassin du Pas-de-Calais n'est connu que depuis une vingtaine d'années. De 1852, date de sa découverte, à ,872, où son extraction a. dépassé 27 millions de quintaux, il a dû se développer proportionnellement beaucoup plus vite que les autres et introduire par là, dans la marche de la production houillère en France, un élément d'accélération dont il. importe de tenir compte. En outre, nombre de petits bassins, perdus dans le centre du pays et demeurés longtemps sans valeur faute de débouchés ou de voies de transport, ont pu être fructueusement exploités, le jour où la création de lignes ferrées ou l'établissement d'industries nouvelles ont assuré l'écoulement de leurs produits.