Annales des Mines (1867, série 6, volume 12) [Image 366]

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BULLETIN.

Accidents occasionnés par le grisou à Batteslon, à Silverdale, à Homerhill, dans le Staffordshire. Birmingham, le 27 novembre 1867.

L'année dernière avait déjà été attristée par les catastrophes survenues, à quelques jours de distance, à Barnsley et à la houillère de Talk of Hill, si mémorables par le grand nombre de victimes. Cette année, dans l'intervalle d'une seule semaine, l'on a eu à déplorer trois nouvelles explosions dans le Statfordshire, sans compter celle de Ferndale dans la vallée de Rhondda, comté de Glamorgan, qui a coûté la vie à plus de cent cinquante personnes. En effet, le mercredi 6 novembre 1867, une explosion se produisait dans la houillère de Batteslon, à Hanley, comté de Stafford ; un

des mineurs y perdait la vie et plusieurs y recevaient des blessures plus ou moins graves. Le vendredi suivant, tandis que l'horrible catastrophe de Fern-

dale désolait tant de familles, on comptait trois autres victimes dans une explosion qui avait lieu à Silverdale, dans la partie nord du Staffordshire.

Enfin, le lundi suivant, à la houillère de Homerhill, à Cradley, comté de Stafford, seize ouvriers étaient sérieusement atteints par une troisième explosion de grisou et il s'ensuivait deux décès. Les enquêtes judiciaires auxquelles ces exploisons ont donné

lieu tendent à établir que la plupart auraient pu être prévenues, et que, tout au moins, il était facile d'en atténuer les conséquences Pour s'en convaincre il suffit du reste de résumer ces enquêtes.

Enquête tenue àBatteslon.-:Dans l'enquête tenue par le Coroner

à Batteslon, l'inspecteur reconnaît bien qu'il était spécialement chargé de veiller à la sûreté de la mine. Il y est d'ailleurs descendu le matin même de l'explosion, et il a trouvé une accumulation de gaz dans les galeries. Avis en a été donné au gérant fini a ordonné de faire des travaux de boisage et de séparation, afin de refouler le grisou ; mais ses ordres n'ont pas été exécutés. Non-seulement cette précaution avait été négligée, mais encore l'inspecteur de la mine

ne s'était pas donné la peine de redescendre dans le puits pour s'assurer si l'accumulation du gaz avait augmenté ; il avait même poussé l'imprudence jusqu'à permettre aux ouvriers de travailler à lampes ouvertes. En outre, le firentan, l'agent à la vigilance duquel reste confiée

BULLETIN.

207 l'existence de tant de mineurs, n'avait pas la première des qualités requises pour remplir ses fonctions; il devait, en effet, pouvoir prendre connaissance du règlement, et il ne savait pas même lire.

Enquête tenue à Silverciale. - A Silverclale, la mine passait pour être suspecte et très-susceptible de faire explosion ; au dire du gérant, le puits n'était pas en état. M. Wynne, inspecteur de la mine pour le gouvernement, déclare que, malgré tout ce que l'on aurait pu faire pour améliorer les travaux d'exploitation, on n'aurait pu leur enlever leur caractère dangereux. Néanmoins, en dépit de ces constatations officielles, aucune précaution n'avait été prise, et, à Silverdale, l'on ne montre pas plus de prévoyance que si la mine offrait toute sécurité.

Le matin même de l'explosion, la mine n'est visitée qu'une heure après la descente des ouvriers dans le puits. L'inspecteur Élie Durber avoue que c'était bien à. lui qu'il incombait de veiller à la sûreté de la houillère, mais qu'il s'était déchargé de cette obligation, sur l'une des victimes de l'accident. Il ajoute qu'il a ordonné

aux hommes qui ont péri par l'explosion de boucher la dernière tranchée, afin d'intercepter le passage de l'air; toutefois il ne sait pas si cet ordre a été réellement exécuté. De fait, dans cet accident comme dans le précédent, on donne des

ordres et personne ne vérifie si les ouvriers s'y conforment. D'un autre côté, les ouvriers connaissaient l'état de la mine, et ils savaient que leur vie courait le plus grand danger, mais cela n'empêcha pas

quelques-uns d'entre eux d'ouvrir leurs lampes; et il est bien visible que l'accident a été provoqué par de coupables imprudences.

Enquête tenue à Cradley. -L'explosion de FIomerhill près de Cradley semble, au premier abord, être, plus que les deux précédentes, l'effet d'un accident; car, la ventilation y était parfaite, aussi bien avant qu'après l'événement. Il paraît probable que l'explosion d'Homerhill aura été produite par l'éboulement d'une certaine quantité de houille, ayant dégagé du grisou. Mais ici l'on trouve encore les ouvriers en défaut, puisque, d'après l'enquête, c'est le contact du gaz avec la lumière des lampes laissées ouvertes qui a causé l'accident.