Annales des Mines (1871, série 6, volume 20) [Image 164]

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MÉTALLURGIE DE L'ARGENT AU MEXIQUE. 514 L'émigration volontaire d'abord et bientôt après obligatoire de toutes les familles espagnoles qui étaient proPriétLi;:es des plus grandes entreprises, l'envoi au dehors de tous les capitaux disponibles, les contributions de guerre et l'enrôlement forcé de la population ouvrière dans les armées

3i5 rité d'un homme énergique, est tombé dans une anar-

de la république nouvelle portèrent partout la ruine. Real del Monte, jadis si prospère, ne comptait plus que quelques masures d'Indiens, les mines si belles de Valenciana à Guanajuato avaient été envahies par des bandes armées; et leurs

Ce passé des mines mexicaines se partage, comme on le voit, en deux périodes où se manifeste nettement l'influence de l'état social du pays.

grands manèges d'épuisement incendiés ; Vetagrande de Zacatecas .était inondée, et le Fresnillo abandonné, l'industrie minérale était ainsi, sur toute l'étendue du pays, menacée d'une ruine complète lorsque le congrès s'efforça de venir à son aide. Par diverses mesures législatives de 1821-1825, les im-

pôts établis sur l'or et l'argent furent réduits à une redevance unique de 3 p. loo; la condition d'origine espagnole,

jusqu'alors nécessaire pour obtenir une concession de filon ou d'argent, fut supprimée ; les étrangers furent admis à la possession des mines, et les matières premières nécessaires à l'industrie minérale à peu près exemptes d'impôts. La conséquence la plus importante de ces mesures fut d'attirer au Mexique de nombreuses compagnies étrangères, anglaises pour le plus grand nombre, qui consacrèrent à la reprise des anciennes mines du pays un capital de plus de 15o millions de francs.

La production se releva, mais avec, lenteur, car le haut prix du mercure pesait alors lourdement sur les usines, empêchant l'exploitation des minerais pauvres, les seuls capables, par leur grande abondance, d'une production d'argent considérable. Depuis, ces mesures libérales de 1862 ont été en partie rapportées ; les impôts sur l'argent ont été rétablis et augmentés ; le mercure, tout en baissant de Prix, est encore de moitié plus cher qu'à la fin de la domination espagnole, et le pays, un moment pacifié par l'auto-

MÉTALLURGIE DE L'ARGENT AU MEXIQUE.

chie profonde; le mouvement progressif qui avait commencé

en 1825 s'est arrêté, et l'industrie est revenue au temps de ses plus grandes souffrances.

Pendant la première, sous la domination espagnole, la production de l'argent a toujours suivi un mouvement ascendant, sans qu'une exploitation prolongée pendant plus de

trois siècles ait pu mettre en évidence un signe certain de l'épuisement des mines. Pendant la seconde, sous le régime du gouvernement indigène, l'industrie minérale, soutenue par de grands capitaux venus de l'étranger, a fait de vains efforts pour lutter contre le désordre social qui s'est emparé du pays ; elle n'a pu retrouver sa prospérité passée. Les mêmes ressources d'autrefois existent encore dans les mines, le mercure n'est plus en monopole, et le Mexique est en relations faciles avec le reste des nations ; aussi nul doute

que la production des métaux précieux ne prît en ce pays un rapide essor, s'il pouvait être délivré des guerres civiles qui le désolent depuis son indépendance.