Annales des Mines (1861, série 5, volume 20) [Image 172]

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PROGRÈS RÉGENTS

lorsque la question d'économie du combustible est prédominante. La principale modification consiste en ce qu'on la fait souvent à traction directe, au lieu de la faire à balancier, ce

qui ne change aucunement le mode d'action de la vapeur. Souvent aussi, mais à tort, on a trop négligé l'avantage résultant d'une large détente. Si l'on veut employer une machine à colonne d'eau, le système établi par M. l'inspecteur général Juncker dans les mines de Huelgoat en Bretagne, est également un type qui a pu être modifié ultérieurement dans quelques détails, mais non perfectionné d'une manière importante. Le seul détail utile à noter

serait peut-être la disposition de piston plongeur qui a été donnée quelquefois au piston moteur; cette disposition rend la visite de la garniture plus facile et la réparation plus prompte. Pour ce qui est des pompes, on les fait généralement à piston

creux pour le jeu inférieur et à piston plein pour les jeux supérieurs. On s'abstient également de donner à chaque jeu soit une hauteur trop grande, soit une hauteur trop faible. Rarement dépasse-t-on 70 mètres, et descend-on au-dessous de 55 mètres.

Une hauteur supérieure est considérée comme entraînant, à cause de la pression, des sujétions d'assemblage particulières;

elle nécessite une marche plus lente, afin de diminuer l'influence de l'inertie de la colonne d'eau sur les organes de chaque répétition. Cette dernière considération est décisive aux yeux de beaucoup d'ingénieurs expérimentés, qui multiplient à dessein les répétitions afin de pouvoir donner un plus grand nombre de ceups de piston par minute et réduire proportionnellement les dimensions des divers organes.

C'est en un mot transporter dans l'établissement des machines d'épuisement le principe qui prévaut maintenant dans beaucoup d'autres applications industrielles, et qui consiste, en considérant les deux facteurs dont le produit exprime le travail moteur à développer par unité de temps, à augmenter celui de la vitesse et à diminuer celui de l'effort. Sans nier que ce principe ne puisse être avantageusement appliqué dans bien des cas, je crois qu'il ne doit l'être qu'avec beaucoup de modération quand il s'agit de l'épuisement des mines. Diminuer la hauteur des répétitions afin de marcher à plus grande vitesse, c'est augmenter dans un rapport inverse

DE L'EXPLOITATION DES MINES.

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le nombre de ces répétitions, et par conséquent des clapets, pistons et autres organes; c'est multiplier les occasions d'arrêt pour renouvellement des garnitures, augmenter les fraiS d'en-

tretien, et aussi, dans une certaine mesure, les résistances passives de la machine. Je pense que le plus souvent il n'y aurait pas opportunité à donner beaucoup moins d'une cinquan-

taine de mètres à chgque jeu foulant et d'une vingtaine de mètres à la pompe aspirante élévatoire du fond.

Il convient de signaler ici une disposition dont il existe quelques exemples, et qui consiste à établir le moteur d'un système de pompes, non pas au jour, comme on le fait le plus souvent, mais au fond de la mine, à côté du point où les eaux se rassemblent. Cette disposition supprime tout l'attirail des maîtresses tiges et des répétitions, et réduit à une simple colonne de refoulement le système établi dans le puits d'épuisement. Cela peut être utile dans certains cas, notamment avec un puits à section étroite qui devrait être affecté en même temps à un autre service. Il ne faudrait pas d'ailleurs un puits très-profond, pour ne pas avoir une trop forte charge à la base de la colonne; M. Juncker a établi cependant avec succès dans les mines de Huelgoat une colonne de 23o mètres de hauteur; c'est, à ma connaissance, le maximum qu'on ait employé dans des épuisements de mines, bien qu'on trouve des exemples de hauteurs beaucoup plus grandes encore dans les salines de Bavière pour l'élévation des eaux saturées. Une autre disposition beaucoup plus souvent employée pour l'épuisement consiste dans l'emploi de bennes à eau mues par la machine qui fait le service de l'extraction, ou par une ma-

chine spéciale. Ce n'est pas ici le lieu de décrire les divers systèmes de bennes à fond fixe, ou à clapet, ainsi que les artifices employés pour les remplir au puisard et les vider à la recette. J'insiste seulement sur ce point que l'épuisement à la benne, lorsqu'il est possible, est un système fort satisfaisant, qui ne doit point être regardé en principe comme inférieur au système des pompes. Je pense même que pour des profondeurs moyennes et pour des affluences d'eau modérées, telles que le

travail de l'élévation de l'eau ne dépasse pas une certaine

limite (50 à 60 chevaux, par exemple), l'épuisement à la benne pourrait bien être au contraire le système à préférer. L'installation en serait plus simple, l'entretien et les réparations peutêtre moins onéreux, ou en tous cas moins assujettissants.