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Annales des Mines (1914, série 11, volume 5)

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AUGUSTE

MICHEL-LÉVY AUGUSTE

tains pays voisins, il se trouve toujours à point nommé un savant national, auquel on puisse attribuer la gloire des découvertes faites à l'étranger. Les synthèses pétrographiques n'ont pas échappé à cet accident. Il était juste de remettre les choses au point. Une importante conclusion générale de ces études est la loi énoncée par Fouqué et Michel-Lévy sur l'ordre de cristallisation dans un mélange de silicates fondus, tel que celui dont sont composées, à quelques variantes près, toutes nos roches. Dans un tel mélange, la cristallisation s'opère sans exception, suivant l'ordre même de la fusibilité des silicates. La synthèse confirme en même temps et précise les notions que peut fournir l'étude directe des gisements rocheux sur les productions d'épanchement ou de profondeur plus ou moins grande. En résumé, les roches d'épanchement ont pu être, en moyenne, reproduites par fusion purement ignée. Pour les roches de profondeur, telles que le granité, il faudrait faire intervenir de l'eau sous pression et certains fondants jouant le rôle de catalyseurs, comme cela parait avoir été le cas de l'acide tungstique dans la cristallisation de l'albite (Hautefeuille) et dans celle des éléments principaux d'un granité (Morozewicz). Pour ces roches de profondeur à structure granitique, ni Michel-Lévy ni ses successeurs n'ont pu encore aboutir, et l'on peut seulement signaler la production de verres compacts renfermant des traînées de cristaux de quartz avec des lamelles de biotite, des sphérolites et des cristaux fins de sanidine. Ces éléments d'un granité, qui n'ont pas réussi à se grouper en une structure granitique, ont été produits en 1898 par Morozewicz au-dessous de 1.000°. Vingt ans auparavant, Michel-Lévy avait déjà obtenu des grains d'orthose et des lamelles de mica brun, sans quartz, dans un verre analogue. La difficulté à laquelle on s'est heurté jusqu'ici dans ce problème capital est, on le conçoit, l'impossibilité pra-

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tique de réaliser un récipient dans lequel on puisse impunément chauffer au-dessus de 500° un excès d'eau enfermé hermétiquement. Le platine à 10 0/0 d'iridium, seul métal qui résiste au-dessus du rouge, est excessivement poreux et laisse échapper en quelques heures les gaz et les vapeurs à haute pression dont l'influence disparaît par conséquent. Jusqu'au jour où l'on aura tourné cette difficulté par un artifice que nous ne concevons pas encore, il est peu probable que l'on arrive à reproduire des roches telles que les granités, pour lesquelles tout nous conduit à admettre une fusion très homogène par énormes masses sous un couvercle épais de terrains imperméables et en présence de la vapeur d'eau. 2° Cristallographie. — J'ai commencé, vu sa haute valeur scientifique, par la synthèse des roches. Mais on conçoit que toute étude pétrographique, quelle qu'elle soit, se trouve dominée par un problème de détermination, qui appartient d'abord à la cristallographie pour la reconnaissance des minéraux constituants et dans lequel intervient ensuite une appréciation beaucoup plus délicate et plus discutable des groupements minéralogiques divers en structures. Deux mots d'explications ne seront peut-être pas inutiles pour montrer l'importance d'un travail auquel MichelLévy s'est attaché avec une insistance particulière. Le premier, point, pour parler d'un sujet quelconque, est de le définir. Toute science naturelle a donc pour base nécessaire une classification destinée d'abord à établir une langue commune entre les savants et ensuite à traduire par la langue même, des groupements que l'on cherche à rendre aussi rationnels et précis que possible. Les naturalistes se heurtent là, dès le début, à une difficulté extrême ; car les classifications que l'on se propose d'établir ne sauraient être autrement qu'artificielles,