Annales des Mines (1827, série 2, volume 2) [Image 325]

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NOTICE

M. Schreiber, ainsi qu'il l'a écrit lui-même , a traversé la révolution, en restant étranger d ses opinions comme et ses actes, et en renfermant dans son coeur ses sentinzens et ses regrets. En 1794, le comité de salutpublic le nomma l'un

des huit Inspecteurs des mines, qui furent placés, à cette époque, sous les ordres de l'Agence des mines, titre qui fut changé en 1802 contre celui d'Ingénieur en chef Bien qu'il restât en même temps directeur de la mine d'Ailemont , on lui confia, dans cet intervalle, différentes missions importantes en Normandie et en Bretagne , ainsi que dans le Palatinat, où il fut chargé en 1795 de diriger Pexploitation des mines de mercure. Les premiers volumes du Journal des Mines renferment plusieurs mémoires intéressans de lui sur ces établissemens , sur les mines de plomb argentifère de Trarbach , non loin de Trêves, sur une mine de houille du département de la Manche, et sur la prétendue mine d'étain des Pieux, dans le même département. Un arrêté du Gouvernement, du 12 février 1802, ordonna l'établissement de deux écoles pratiques des mines,

l'une à Geislautern, département de la Sarre, l'autre à Pesey, département du Mont-Blanc, et M. Schreiber fut nommé, le 18 mars suivant, Directeur de l'École de Pe-

sey, la seule que l'on instituât d'abord. La mine de plomb argentifère de Pesey étant située au fond d'une vallée d'un difficile accès et au pied d'un glacier, on établit le siége de l'École dans la petite ville de Moutiers, à6 lieues de Pesey. Cette mine , qui devait à-la-fois offrir l'objet principal de Pinstruction-pratique des élèves', et fournir par ses produits aux dépenses de l'École, avait été abandonnée en 1792, à la suite d'une inondation, et elle était en 18oz dans l'état de délabrement le plus complet : les ouvrages intérieurs étaient noyés et en grande partie éboulés ; les canaux, les roues, les bocards , les tables à laver, n'existaient plus que de nom ; les bâtimens tombaient en ruine les anciens mineurs étrangers avaient quitté le pays , et les habitans avaient totalement perdu l'usage des travaux souterrains. Cependant aucuns moyens extraordinaires ne furent accordés par le Gouvernement à l'administration, pour le rétablissement de la mine. Une diminution opérée sur les traitemens des ingénieurs des mines de tout grade pourvut aux frais de l'entreprise, et le talent de M. Schreiber fit le reste. Se reposant sur les savans professeurs de

rdcRoLoc-rpuE. 625 l'École de Moutiers, pour la plus grande partie des soins relatifs à l'instruction des élèves , il établit son séjour habituel sur la mine même de Pesey, où non-seulement il dirigea la reprise et la poursuite des travaux de l'exploitation, mais où il fut l'instructeur des ouvriers de tout genre , et suppléa ainsi à tout ce qui manquait à la localité. Son habileté dans la préparation mécanique des minerais, qu'il avait étudiée à Freyberg avec un grand soin, fut particulièrement remarquable : il fit d'importans perfectionnemens aux anciennes méthodes , et forma lui-même les ouvriers à la pratique de toutes les opérations du lavage ; il introduisit des changemens également heureux dans le mode de grillage, qui diminuèrent d'un cinquième les frais de cette opération en la rendant beaucoup plus expéditive enfin, par la substitution, aux demi-hauts-fourneaux, d'abord des fourneaux à manche, qui obtenaient déjà le même produit avec trois dixièmes de combustible de nicSinS ensuite du fourneau écossais, et enfin du fourneau à réverbère, qui permit de supprimer tous les grillages préalables, la Consommation en combustible fut encore diminuée, tandis que la quantité de métal obtenue augmenta, et le produit des minerais de Pesey, qui , par l'ancienne Méthode de traitement, ne s'élevait, pour un quintal métrique de schlich, qu'à 40 kilogrammes de plomb et ok, u 1°. d'argent, avec des frais de combustible et de fondage montant à plus de 14 francs , fut porté à 65k 70k, et jusqu'à plus de 71k. de plomb et 'ok ,16 d'argent, avec une dé-

pense totale de 8 à 9 francs, malgré l'augmentation du

prix du bois (1). C'est ainsi que la mine de Pesey,, qui, en raison de la

diminution de richesse du gîte de minerai , ne donnait plus de bénéfice, lors de son abandon en 1792, que par l'exploitation d'anciens piliers, a donné, sous la direction de M. Schreiber, des produits nets considérables dès la seconde année de son exploitation, et quoique les travaux fussent conduits de manière à préparer aussi les produits de l'avenir. Ce bénéfice s'est élevé, au bout de peu de temps, à plus de i5o.000 fr. annuellement, pour un pro(i) 'Voyez les mémoires de MM. les ingénieurs Lelivee , Puvis et Berthier , insérés clans le Journal des Mines (n°. m20) et dans les tomes II et III des Annales des Mines.

T. 11, 6e. liyr. 1827.

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