Annales des Mines (1914, série 11, volume 5) [Image 104]

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d'Inspecteur général de première classe. Cependant on ne saurait oublier, en étudiant son œuvre si considérable, que cette œuvre, au lieu d'être favorisée par ses fonctions mêmes et de constituer, comme il arrive pour d'autres, une tâche professionnelle, est restée, pendant la plus grande partie de sa vie, un surcroît à des occupations d'ingénieur, qui absorbèrent — nous nous garderons de dire inutilement, mais avec une utilité extra-scientifique, — une grande partie de son activité et de son temps. Attiré aussitôt par les nouvelles méthodes d'examen pétrographique appliqué aux roches qu'avait inaugurées, en 1858, l'Anglais Sorby et que Von Rath, Gerhardt, Vogelsang, Zirkel et Rosenbusch avaient contribué à répandre en Allemagne, Michel-Lévy se mit de bonne heure à étudier, par ces procédés nouveaux, les roches diverses du Plateau Central, dont il avait, dès 1870, commencé l'étude sur le terrain comme adjoint à la Direction de la carte géologique, et il fut tout naturellement amené à leur comparer d'autres roches de provenances variées. A quelques semaines de distance, Fouqué faisait, le 1 er décembre 1873, une communication à l'Institut sur les inclusions vitreuses des roches de Santorin et, le 15 février 1874, Michel-Lévy présentaitàla Société géologique un premier mémoire qui a fait époque, sur quelques caractères microscopiques des roches acides anciennes. Cette communauté d'efforts devait, l'année suivante (1875), entraîner, entre les deux savants, une collaboration effective qui dura 'toute leur vie et qui s'est traduite notamment par le grand ouvrage de la Minéralogie micrographique, paru en 1879. La méthode inaugurée par Fouqué et Michel-Lévy était toute nouvelle ; elle constituait un progrès triomphant sur tout ce qui avait pu être fait jusqu'alors; elle donnait des caractéristiques précises, au moyen desquelles on pouvait désormais classer les roches par groupes rationnels,

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les nommer et, en citant ces noms, faire comprendre aussitôt de quoi on voulait parler ; elle permettait d'éliminer enfin toutes ces dénominations vagues de trapps, wacks, roches vertes, porphyres, etc., qui avaient, jusqu'alors, servi à masquer l'impuissance des pétrographes, sorte de caput mortuum remplaçant, en pétrographie, les éléments « dosés par différence » en analyse chimique. Elle donnait également l'essor aux opérations de la synthèse en fournissant, seule, la possibilité de reconnaître une constitution cristalline dans les sortes d'émaux blancs analogues à des verres dévitrifiés que donnent les produits artificiels de fusion et de recuit. Nouvelle et fructueuse, elle devait nécessairement susciter à ses promoteurs l'hostilité de ceux qui, ayant conquis sans elle une haute situation scientifique, ne se sentaient plus le courage de se remettre à l'école. Nous regardons aujourd'hui comme tout simple, tout élémentaire et même indispensable d'examiner une roche au microscope avant de la classer dans un groupe déterminé ; et, si on nous offrait un moyen de pénétrer dans la structure des minéraux, au delà de l'examen microscopique, il nous semble évident que nous l'accueillerions avec joie. Aussi, pour rendre pleinement justice aux initiateurs, convient-il de rappeler des luttes oubliées et des discussions véhémentes, qui ont eu jadis, à l'Académie des Sciences, un écho. Je ne saurais mieux faire que d'en emprunter deux exemples au discours prononcé par Michel-Lévy, lorsque après la mort de Fouqué il remplaça son ami dans sa chaire du collège de France. Parlant de leurs deux communications de 1873-1874, il ajoute : « Nous eûmes à peu près pareil succès, chacun de son côté. Au cours de la discussion qui suivit ma communication, un des maîtres incontestés de l'ancienne Pétrographie (il ne le nomme pas, mais c'était, je crois, Delesse) me fit observer, non sans qûelque malice, qu'on n'étu-