Annales des Mines (1879, série 7, volume 15) [Image 290]

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LA MÉTALLURGIE 56o 1867 à Paris, nous avons vu aussi les roues pleines en acier fondu,

moulé et recuit, en piles venues sur un seul jet de coulée, qu'avaient apportées quelques usines des mêmes contrées. Tous ces produits étaient obtenus par la fusion au creuset, avec des dosages plus ou moins variés, mais où les additions de spiegeleisen (matière première si abondante sur les bords du Rhin) jouaient déjà le principal rôle : c'était, en un mot, des aciers fondus au

manganèse, à doses variables de carbone, moulés tantôt en coquilles, tantôt dans des moules en terre. Dès que, vers 1865 et 1866, le procédé Bessemer, après six à huit ans de tâtonnements, fut devenu courant dans les usines, il en est plus d'une qui, usant, à la fin de l'opération, d'additions suffisantes de spiegel-eisen et même de fontes grises plus ordinaires comme qualité, avait obtenu des alliages difficiles à laminer ou marteler, mais donnant de très-beaux moulages, parfaitement

sains, équivalents, en un mot, à ceux que nous venons de rappeler. Mais, lorsqu'un an ou deux après l'Exposition de 1867, on devint

maître de la fusion de l'acier sur sole, en expérimentation depuis 1862, c'est-à-dire, lorsqu'après avoir tâtonné comme avec le Bessemer, pendant six ou sept ans, on eut appris à manier, pour ainsi dire à volonté, sur la sole du Siemens, les additions finales manganésé,es ou autres, alors les aciers fondus sur sole commencèrent à lutter sérieusement avec les aciers ,fondus au creuset pour les moulages. De 1870 à 1873, plus d'une forge, par exemple, apprit à remplacer ainsi beaucoup d'organes de son outillage autrefois en bronze, puis en acier fondu au creuset, par des moulages en acier plus ou moins dur obtenu sur sole, plus rarement au Bessemer. L'Exposition de Vienne, en 1873, avait déjà mis ce progrès en évidence; mais l'Exposition de 1878 était plus riche qu'aucune de ses devancières en moulages de cette sorte ; les sections Suédoises, Autrichiennes, Anglaises et Françaises présentaient de nom-

breux spécimens de moulages en acier de toutes duretés, parfaitement nets de forme et sains de corps. S'il était permis de citer quelques usines, parmi tant de producteurs distingués, nous rappellerions ici les lingots bruts de la Société impériale et royale des chemins de fer autrichiens, où l'on ne trouve pas trace de soufflures; ses engrenages et ses roues, dont les axes sont tordus à froid, ce qui montre bien, comme la cassure l'indique d'ailleurs,

qu'il s'agit là d'aciers moulés doux et très-malléables; aciers obtenus avec d'excellentes matières premières, suffisamment man-

ganésées, ne retenant que peu ou point d'éléments étrangers en

A L'EXPOSITION DE 1878.

561 dehors du fer, du carbone et du manganèse. Nous citerions encore les moulages en acier, coulés au réverbère, de la maison Atwood et Spencer, en Angleterre, en rappelant que M. Ch. Atwood fut le premier qui, en i862, essaya le four Siemens à la fusion sur sole de fontes manganésées avec le fer. Les Exposants français ne tenaient pas un rang moins élevé pour cette sorte de produits : presque tous ceux qui préparent les métaux fondus Bessemer et sur sole, ou les aciers au creuset, avaient

aussi de très-beaux moulages de toutes dimensions et formes. Sans pouvoir les citer tous, nous devons une mention spéciale à l'une des galeries qui ont le plus frappé l'attention des visiteurs du Champ de Mars, à la collection présentée par la Compagnie de Terre-Noire, et si remarquable à tant d'égards. Ici, nous ne sommes plus seulement en présence de produits intéressants, mais en face de moyens spéciaux de fabrication bien qu'ils aient été l'objet de nombreuses publications, arrêtonsnous un instant sur ces procédés. Leur formule est caractérisée par l'emploi de matières toutes spéciales, c'est-à-dire, des alliages de fer, silicium et manganèse, ces deux derniers éléments étant nécessaires, disent les fabricants, pour éviter les soufflures. Bien certainement, sous le rapport théorique, ces aperçus sur le rôle de ces deux composants, sont conformes aux faits observés et constatés antérieurement, notamment par Bessemer lui-même, comme ce dernier inventeur l'a rappelé à l'une des séances de l'Iron and Steel Instilute. Mais au point de vue pratique, quand on sait combien, et dans la cornue Bessemer et sur sole, avec les procédés courants, il est difficile d'éviter dans les aciers produits la présence de quelques millièmes de silicium, on peut se demander s'il est bien nécessaire d'en ajouter encore. Il semble naturel de croire, avec les autres producteurs de moulages sans souillures, qu'il suffit, comme autrefois dans les creusets, d'additionner suffisamment de manganèse, qui trouvera toujours dans l'acier assez de silicium pour opérer les réactions dont s'agit, s'il y a lieu. Nul doute, d'ailleurs, qu'on s'exposera moins ainsi que par des additions complexes, à produire des alliages multiples toujours variables à l'emploi. La fabrication des moulages d'acier s'est complétée de bonne heure par certaines opérations accessoires que nous devons rappeler ici. Nous avons déjà indiqué ci-dessus que les roues en acier coulé de Westphalie subissaient des recuits appropriés à la nature du métal et à ses emplois ultérieurs. On est allé plus loin. Dès