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ENQUÊTE OFFICIELLE SUU LA. CONDITION DES OUVRIERS

c'est celle du logement des ouvriers célibataires et des ouvriers étrangers, dont le domicile est trop éloigné des établissements où ils travaillent, pour qu'ils puissent retourner chaque jour dans leurs familles. Dans les centres populeux, ces malheureux sont souvent obligés d'habiter en grand nombre des chambres mal aérées, où ils se partagent de mauvaises couches, rarement vierges d'occupants et rarement renouvelées. Sans gîte, en quelque sorte, ils n'ont d'autre ressource que le cabaret, qu'ils trouvent, du reste, chez celui qui les loge et de la part duquel ils ne sont que trop souvent l'objet d'une véritable exploitation. a Pour cette catégorie d'ouvriers, le système de casernes pourrait convenir, à la condition qu'elles fussent peu populeuses et soumises à une surveillance rigoureuse, aûn d'y maintenir l'ordre et la propreté (*). »

IX. —

RÉGIME ALIMENTAIRE.

Au fond des mines, l'ouvrier se nourrit de pain, avec du , beurre ou du fromage blanc, et d'un petit café qu'il apporte dans une gourde de fer-blanc. Le repas principal, qu'il fait d'ordinaire à la maison, se compose surtout de pain blanc (qu'il veut de bonne qualité), de soupe aux herbes, de légumes, de pommes de terre, souvent de viande (généralement deux fois par semaine, disent la plupart des formulaires); quant à la boisson, trop de bière et de genièvre, telle est la réponse uniforme. Généralement les établissements n'interviennent pas pour faciliter le payement des acquisitions de toutes sortes faites par leurs ouvriers. Parfois des avances sont accordées, dans un but déterminé; mais des retenues ne sont pratiquées sur le salaire que dans des cas très-rares, d'accord entre l'ouvrier et son créancier, et jamais pour des dépenses de cabaret. Toutefois des condamnations judiciaires frappent fréquemment le salaire de saisie-arrêt pour dettes, et prescrivent ainsi les retenues auxquelles les compagnies répugnent. Dans les usines métallurgiques, où le travail s'exécute à côté d'un foyer ardent, l'ouvrier a souvent besoin de se désaltérer; aussi peut-il aller le faire à crédit dans des cantines dépendantes de l'établissement. Cependant quelques sociétés n'ont jamais voulu patronner des cantines ou leur ont retiré ce patronage. Il n'en existe pas de semblables près des charbonnages; mais, devant chaque fosse, s'élèvent des cabarets, où l'on fait facilement crédit à l'ouvrier, sachant,que le jour de la paye, on l'arrêtera, la poche (*) Rapport de M. l'ingénieur en chef Rucloux.

DANS LES MINES ET USINES DE BELGIQUE.

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pleine, au sortir du bureau. Souvent aussi certaines catégories d'ouvriers sont soldées en bloc; pour le partage, le cabaretier prête volontiers sa salle. « Il existe encore quelques charbonnages où des employés inférieurs tiennent des débits de liqueurs, d'épicerie, etc. C'est là un abus manifeste, — dit l'ingénieur qui le signale, — abus contre lequel on s'est déjà élevé à diverses époques et qui, s'il diminue, garde encore de trop fortes proportions; mais c'est aux conseils d'administration des charbonnages à introduire cette réforme. Tout, du reste, ne sera pas pour le mieux, quand plus un seul employé de charbonnage ne tiendra commerce. Pourra-t-on empêcher les filles, les sœurs de venir tenir débit dans lo voisinage des fosses? Il n'y a pas à douter que cet état de choses n'existe, et il n'est pas moins certain que l'ouvrier se croira toujours dans l'obligation morale d'aller s'approvisionner là plutôt qu'ailleurs.» Il arrive trop souvent que l'ouvrier est exploité par des commerçants, qui lui font crédit volontiers jusqu'au moment où, la dette excédant ses ressources, ils le tiennent pour ainsi dire à leur merci. Dans les petites localités, le mal s'aggrave encore par le défaut de concurrence. C'est pour mettre l'ouvrier à l'abri de telles manœuvres que diverses sociétés ont institué des magasins de denrées alimentaires, où il s'approvisionne jusqu'à concurrence du montant des sommes qui lui sont dues, et ont contribué parfois aussi à l'établissement de maisons de commerce, qui font des ventes en détail, sous le contrôle de la société et à des conditions déterminées. Les sociétés des Produits, de Marcinelle, Chàtelineau, Courcelles (houillères du Hainaut), Couillet, Chàtelineau (usines à fer du Hainaut), Floresse (manufacture de glaces), achètent des farines qu'elles revendent, soit au prix courant, soit à 10 p. 100 au-dessous des prix du commerce. La société houillère de Bois-du-Luc (Charleroi) moud elle-même les grains dont elle vend la farine sans bénéfices. Celle de Strépy-Bracquegnies (centre du Hainaut) a établi, en outre, une boulangerie à prix réduits; les sociétés métallurgiques de Couillet (Charleroi) et d'Engis (Nouvelle-Montagne) en possèdent deux autres. Toutefois, ces institutions sont loin de réussir partout : « Au Borinage, en effet, —dit l'ingénieur de cet arrondissement,—les magasins de denrées alimentaires que le formulaire a en vue seront toujours considérés avec défiance par les ouvriers. Us croiront que cette opération n'a que le lucre pour but, et les directeurs de charbonnages ne se soucieront guère d'être plus suspectés encore par leurs ouvriers.