Annales des Mines (1901, série 9, volume 20) [Image 294]

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étaient atteints de fractures multiples. Le troisième. Le plus éloigné du dépôt, n'avait pas d'autre lésion apparente qu'une fracture du crâne. C'est également une fracture du crâne qui a causé la mort de Copin Léon (n° 17), projeté de la voie de Marie Couchant dans le plan incliné. Poulain Arthur (n° 21), également tombé de la voie de Marie, fut relevé dans le chariot porteur et succomba aux brûlures étendues dont il était atteint. Tout au moins les médecins n'ont-ils indiqué aucun traumatisme dont aurait été atteint ce blessé, bien qu'il soit assez peu vraisemblable que sa chute ne lui en ait pas causé. Enfin, à la tête du plan incliné et au-delà de ce plan en venant de la bowette, on a retrouvé un ouvrier gravement blesse, Mazingue Henri (n° 22), atteint de fractures multiples, mais qui a survécu à ses blessures. A quelques mètres (5 ou 6 d'après les témoins) de celui-ci, Gillon Jean-Baptiste et Danjou Elie étaient seulement légèrement contusionnés ou brûlés. Plus loin encore dans la voie, un autre mineur, Dannel Charles, était également très légèrement contusionné, ainsi que trois autres ouvriers engagés à ce moment dans la cheminée de passage. On voit donc que, dans la veine Marie, la zone dangereuse, tout au moins celle dans laquelle les effets de l'explosion ont été mortels, n'a pas dépassé le plan incliné, c'est-à-dire ne s'est pas étendue à plus de 35 mètres de distance du dépôt. Encore faut-il considérer que peut-être la mort de Poulain Arthur et assez vraisemblablement celle de Copin Léon ont été le résultat de leur chute dans le plan et qu'ils eussent pu échapper si la galerie n'avait pas été coupée par ce plan. On retrouve donc de ce côté, mais notablement plus rapide qu'au sud du dépôt, l'atténuation progressive des effets dynamiques de l'explosion, à mesure que l'on s'éloigne du magasin, qui a déjà été signalée. Si, d'ailleurs, la zone dangereuse a été notablement plus

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réduite dans la voie de Marie que dans la bowette, cela tient à ce qu'elle coupe celle-ci à angle droit et que, par suite, les ouvriers qui s'y trouvaient ont bénéficié de l'iniluence amortissante du changement de direction imposé à l'onde explosive et de l'élargissement de la section offerte à son expansion. En même temps que la nécessité de protéger les voies principales contre l'explosion d'un dépôt de dynamite en imposant aux gaz produits par l'explosion une série de changements de direction avant d'atteindre ces voies, la catastrophe du 28 novembre parait donc avoir démontré l'efficacité de ces mesures de précaution. Nous rappelons, d'ailleurs, que le magasin de la fosse Fénelon contenait 248 kilogrammes d'explosifs; il est permis d'admettre que les effets de l'explosion eussent été moindres si la quantité entreposée avait été moins élevée : d'où l'utilité de limiter la contenance des dépôts. En ce qui concerne le danger que peut présenter pour des ouvriers ayant échappé aux effets directs de l'explosion d'un dépôt la respiration des gaz produits par celle-ci, il semble que les renseignements fournis soient moins concluants. Tout d'abord, l'absence de constatations médicales suffisantes n'a pas permis de fixer un point d'un intérêt très réel, à savoir la présence ou l'absence d'oxyde de carbone dans le sang des victimes ou des survivants. Suivant que la dynamite détone ou déflagre, les gaz produits, qui sont simplement asphyxiants dans le premier cas et cessent rapidement d'être dangereux quand ils sont dilués dans l'air, contiennent, au contraire, en forte proportion, dans le second, de l'oxyde de carbone et du bioxyde d'azote qui se transforme en vapeurs nitreuses. Au lieu de l'asphyxie, c'est alors un empoisonnement beaucoup plus redoutable qui est à craindre. Y a-t-il eu, dans l'espèce, détonation complète des 248 kilogrammes de dynamite et de grisoutine accumulés