Annales des Mines (1901, série 9, volume 19) [Image 181]

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ÉTUDE GÉOLOGIQUE SUR LE NORD DE LA CHINE

ÉTUDE GÉOLOGIQUE SUR LE NORD DE LA CHINE Par M. F. LEPRINCE-RINGUEÎ, Ingénieur des Mines.

En 1898-1899, nous avons été détaché au Ministère des Affaires étrangères pour participer à une mission que le Crédit Lyonnais envoyait en Chine. A cette époque, le champ d'activité que ce pays offre aux entreprises européennes semblait leur être enfin accessible. Les événements actuels sont venus retarder encore l'exécution de ces projets. Après un séjour préparatoire à Changhài et à Péking, nous nous sommes mis en route au commencement d'octobre 1898 et nous avons gagné Hankoo sur le fleuve Bleu, en parcourant successivement les provinces du Tcheli, du Chansi, du Chensi, du Honan et du Houpé. Dans les pages qui vont suivre, nous donnerons le résultat des études géologiques que nous avons été amené à faire au cours de ce voyage. Les cartes qui les accompagnent sont des levés rapides à la boussole ; sur les routes de chars, les distances ont été exactement mesurées avec un compteur de tours ; «n certain nombre de latitudes ont été déterminées au sextant.

ETUDE GEOLOGIQUE SUR LE NORD DE LA CHINE

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I LE NORD DE LA CHINE (*).

La chaîne des monts Kouen loun qui, détachée du nœud du Pamir, parcourt de l'Ouest à l'Est, en inclinant légèrement vers le Sud, toute l'Asie Centrale, prolonge ses ramifications jusqu'au milieu de la Chine proprement dite. Elle isole au Nord une région à tous les points de vue bien différente de celles qui s'étendent au Sud. C'est le bassin du Houang ho(**)ou fleuve Jaune. Cette région est intéressante à plus d'un titre : c'est d'abord le berceau de la Chine, et ses vieilles cités de P'ing yang fou, Si an fou et Lo y an g (Honan fou) ont été capitales de l'Empire pendant plus de trois mille ans; l'une d'elles même, momentanément, le redevient à l'heure actuelle. C'est le pays de la Terre Jaune ou Houang ton, c'est-à-dire du lœss, qui recouvre d'un inanteau presque toute la surface du sol, et qui imprègne do sa poussière la végétation, l'eau, l'air même et les gens. Un climat continental relativement sec; des cultures qui rappellent beaucoup celles du Midi de la Russie; très peu d'arbres ; très peu de voies navigables ; tels sont les principaux caractères extérieurs de ce pays. Il faut y ajouter une constitution géologique très uniforme au-dessous de la couche de lœss. Les terrains les plus récents sont, à quelques rares exceptions près, périmons ou triasiques ; ils surmontent des gisements houillers qui comptent peut-être parmi les plus riches, en (*) Voir la carte d'ensemble, Pl. IV, fig. I. (** Les orthographes adoptées sont, autant que possible, celles du Dictionnaire des missionnaires Lazaristes, qui, pour des Français, se rapprochent le plus de la prononciation chinoise. Les noms dont l'orthographe est empruntée aux auteurs cités sont en italique.