Annales des Mines (1889, série 8, volume 15) [Image 290]

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NOTICE HISTORIQUE.

L'ÉCOLE DES MINES DE PARIS.

à Grenoble (*), ayant refusé les offres superbes du gouvernement sarde pour reprendre l'institution sous l'autorité de celui-ci. En recouvrant la souveraineté du pays, le gouvernement sarde (**) avait pris immédiatement possession de tous les établissements, mines et usines, créés par Schreiber, et amenés par lui à un si haut degré de prospérité; toutefois le gouvernement sarde crut au préalable devoir indemniser l'ancien concessionnaire des mines de Pesey qu'avait dépossédé l'administration française. Au refus de Schreiber de passer au service de la Sardaigne, Vie. tor-Emmanuel avait, dès 1815, nommé de Rosenberg (k**) directeur des établissements royaux de la Tarentaise, en le chargeant de préparer, avec une nouvelle législation sur les mines, la réorganisation de l'École que son gouvernement se proposait, lui aussi, de reprendre à Moutiers. Elle fut décidée et réglée par une ordonnance du 18 octobre 1822; mais les travaux d'aménagement, en vue no:. tamment de préparer des logements pour les élèves qui devaient habiter l'École quoique sans y être nourris, et surtout en vue de la doter du matériel d'enseignement nécessaire, ne permirent d'en faire l'ouverture qu'au fer juillet 1825. Rosenberg était mort le 10 mars 1824 et ce fut

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à Despine, qui lui avait succédé dans la direction des éta-

blissements de la Tarentaise et de l'École de Moutiers, que revint l'honneur de réouvrir pour le gouvernement

sarde une école où, quelque vingt ans auparavant, il avait fait son éducation comme élève du gouvernement français.

L'École théorique et pratique de minéralogie de Moutiers, suivant son appellation officielle, fut exactement calquée, dans son ensemble comme dans tous ses détails, sur l'école française qui venait de disparaître : c'était un hommage qui lui était ainsi rendu (*). Trois professeurs devaient y enseigner : l'abbé Étienne Barson, la minéralogie et géologie ; Victor Michelotti, la docimasie et la minéralurgie ; Antoine Replat (**), l'exploitation des mines ; les programmes semblent copiés, jusque dans la terminologie un peu barbare adoptée par Hassenfratz, sur les programmes français (***) Même organisation d'enseignement, donné en deux ou trois ans, divisé chaque année en cours théoriques à Moutiers, et en exercices pratiques sur les mines et à Moutiers ; exercices identiquement réglés comme dans le système français ; les professeurs, qui ne résidaient pas davantage sur place, se succédaient

l'un à l'autre et faisaient passer les examens à la suite de leurs cours. En un mot, le gouvernement sarde faisait

(*) Schreiber avait été nommé inspecteur divisionnaire avec résidence à Lyon, mais, par faveur exceptionnelle, il fut autorisé à rester à Grenoble. (*") Tous les renseignements officiels sur la création et l'organisation de l'Ecole sarde de Moutiers se trouvent dans le Reper-

terio delle miniere, Recueil officiel, 1" série, Torino, 1825 années suivantes.

et

(***) De Rosenberg, né à Mayence le-4 avril 1769, ancien élève

de Freiberg, avait été, pendant l'Empire, engagé par le duc de Raguse pour diriger, sous son gouvernement, les mines et usines d'Illyrie. Obligé de se replier en 1813 avec l'administration française, de Rosenberg s'était arrêté à Moutiers, qui, à cette date, constituait un centre véritablement intéressant pour le mineur et le métallurgiste.

(*) Un hommage plus spécial fut rendu à Schreiber dont le portrait fut placé dans la grande salle de l'Ecole avec ceux de Nicolis, de Robilant, de Napione et de Rosenberg, qui étaient les

fondateurs de la réorganisation du service des mines en Sardaigne.

(**) Replat était un ancien élève de l'Ecole des mines de France, qui avait dirigé avec succès l'exploitation des mines d'anthracite d'Entrevernes, dans la Tarentaise. (***) Par analogie avec les dernières instructions du gouvernement français, le professeur d'exploitation devait faire quelques leçons de législation des mines, d'administration et de comptabilité.