Annales des Mines (1888, série 8, volume 14) [Image 216]

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ÉTUDE SUR LES APPAREILS- PICCARD

Le procédé d'évaporation économique par compression de la vapeur à été indiqué depuis assez longtemps déjà

par Péclet (Traité de Physique, 3e édition, 1860, t, II, p. 253), qui en attribue la découverte à Pelletan avant 1840. Il s'applique principalement à l'extraction du sel de la saumure dans les salines qui se trouvent en pays montagneux, où il est facile de se procurer de la force motrice hydraulique. En 1855, Pierre Rittinger fit à Vienne ( Autriche) des essais dans cette voie; mais il échoua complètement ; le sel se déposait sur les surfaces de chauffe et y formait une croûte adhérente qui arrêtait la transmission de la chaleur, outre qu'elle était dure à enlever. En 1876 (*), M. Piccard indiqua qu'on pouvait tourner cette difficulté en chauffant d'abord la saumure sous pression de façon qu'elle ne s'évaporât pas, puis en la portant brusquement dans une enceinte à pression plus basse, où, l'ébullition se produisant instantanément et uniformément dans toute la masse, le sel se formerait au sein même du liquide et se déposerait ensuite au fond du vase sans venir s'attacher aux parois. Aidé par MM. Weibel, Briquet et Cie, constructeurs à Genève, M. Piccard fit, en 1877, à la saline de Bex, dans le canton de Vaud, des essais desquels il résulta que la solution du problème avançait, mais qu'il fallait encore éviter un gros inconvénient : l'obstruction rapide des tuyaux de conduite par des dépôts de sel. C'est alors que M. Piccard imagina, pour opérer la circulation de la saumure, le sas à piston qui sera décrit plus loin; et, ainsi complété, l'appareil devint décidément pratique. Un projet envoyé à l'Exposition universelle de '1878 y

obtint une médaille d'or. M. Tibulle Collot, qui en a donné une description dans les Études de l'Exposition (") Le premier brevet Piccard date du 6 juin 1876.

POUR L'EXTRACTION DU SEL.

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de 1878 (*), commence son article en déclarant « qu'il doute fort que les données théoriques sur lesquelles il repose se changent jamais en résultats bien pratiques ». Cependant le succès obtenu à Bex était décisif et les applications ne tardèrent pas à se faire : à Ebensee, dans le Salzkammergut, en 1881; à Maixe, près de Nancy, et à Schônebeck, près de Strassfurt, en 1882; et enfin, une saline pourvue d'appareils Piccard a été installée de toutes pièces, en 1886, à Salies-du-Salat, dans la Haute-Garonne.

L'appareil dont il sera principalement question plus loin est dit : à sel fin. Outre celui-ci, M. Piccard a imaginé,

et installé à Salies-du-Salat, un appareil à sel gros d'un système tout différent. On sait que, au sein d'une dissolution en e'bullition, le sel se forme à l'état de tout petits cubes : c'est du sel fin; tandis que, si la dissolution s'évapore tranquillement, en présence d'une atmosphère gazeuse, comme dans les poêles ordinaires des salines à feu, le sel se forme à la surface du liquide et s'y maintient par capillarité jusqu'à ce que son poids soit devenu suffisant pour l'entraîner au fond ; il se présente alors à l'état de trémies : c'est du sel gros. De cette distinction entre l'ébullition et l'évaporation résultent les deux sortes d'appareils Piccard. Leur emploi se trouve justifié par le fait que le sel fin est préféré dans certains pays tandis que le sel gros l'est dans d'autres. Le présent mémoire, qui a pour but une étude approfondie des appareils Piccard, sera divisé en cinq parties.

Dans la première, je décrirai en détail le procédé d'évaporation économique par compression de la vapeur et donnerai quelques calculs y relatifs.

La deuxième se rapportera à l'appareil Piccard à sel fin.

(1 Éludes sur l'Exposition de 1878, 6« vol., p. 200. croix, éditeur.

E. La-