Annales des Mines (1887, série 8, volume 12) [Image 281]

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DISCOURS PRONONCÉS AUX FUNÉRAILLES

regretter, puisqu'il a finalement atteint les sommets les plus élevés de la hiérarchie. Nul doute, d'ailleurs, que ce contact direct avec les difficultés et les luttes de l'industrie n'ait encore affermi son jugement, aiguisé sa pénétration, et complété cet ensemble de facultés si apprécié de ceux qui l'ont approché dans les Conseils, où il apportait la lumière. Le premier stage de Paul Luuyt, hors du service ordinaire, s'est effectué dans l'ancienne Compagnie de la Loire. Il y est entré, le 30 août 1850, avec le titre de directeur des mines de Rive-de-Gier. A cette rude école, il est devenu un mineur hautement apprécié. Ces vieilles exploitations, médiocrement conduites aux époques reculées, ont joué de toutes parts, et crevassé le lit de la rivière du Gier, en provoquant ainsi leur propre inondation. Les conditions étaient devenues particulièrement critiques ;

et l'on en était arrivé à redouter l'abandon

forcé des travaux, comme le constatent les rapports du service ordinaire de cette époque. Le jeune ingénieur réussit à sauver la situation. Il avait remarqué l'activité des infiltrations qui s'opéraient à travers la paroi des puits, et, dans ces conditions, qui n'étaient pas sans analogie avec celles du département du Nord, grâce au gore blanc qui retenait les eaux supérieures comme un rideau étanche, il conçut la pensée d'importer dans ce bassin la méthode de cuvelage qui, seule jusqu'alors, avait permis de traverser les morts-terrains formidables du Nord de la France, et d'y tenir en respect l'océan inépuisable qui imprègne ces masses souterraines. Il fit venir, à cet effet, en 1854, des mines de Douchy, des ouvriers habitués à ce genre de travaux, et installa un premier cuvelage au puits du Pré. Bientôt après, les puits Bourret, du Logis et du Château, cuvelés à leur tour, purent être débarrassés de leurs pompes d'épuisement. L'entreprise était hardie, car le gore blanc de Rive-de-

DE M. P. LUUYT.

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Gier, peu puissant et tourmenté par les failles, est loin d'offrir la même efficacité que les dièves du Nord. Le succès néanmoins fut complet. La venue d'eau diminua de plus de moitié, et le niveau, abaissé de 30 mètres,

permit à Luuyt, en sauvant les exploitations qui lui avaient été confiées, de mettre en outre en valeur une importante richesse houillère.

Lorsque le choléra de 1854 vint exercer ses ravages, Paul Luuyt, qui était sur le point de quitter Rive-de-Gier,

s'attacha de nouveau au poste périlleux. Il y organisa, de sa personne, des ambulances qui rendirent à ces populations les plus grands services.

La dissolution de l'ancienne Compagnie de la Loire lui fit abandonner l'exploitation souterraine pour la mé-

tallurgie. Pliant, avec la facilité que nous lui avons connue, son esprit à ces nouvelles études, il accepta la direction des forges de MM. Potin et Gaudet à Vierzon, et conduisit ces usines avec succès jusqu'au jour où il reprit du service actif, le 3 juillet 1861. Paul Luuyt a terminé sa carrière comme directeur de l'École Nationale Supérieure des mines. Le 9 mai 1885, il fut nommé à cette haute situation. Son court passage parmi nous a été marqué par une des transformations les plus considérables qu'ait traversées cet établissement de premier ordre. Luuyt s'était attaché avec beaucoup d'intérêt à ces améliorations essentielles ; et sa dernière oeuvre importante a été le rapport qu'il a rédigé sur cette question, à la suite des longud's délibérations dont elle a été l'objet. Des cours nouveaux ont été créés sur la chimie industrielle, la construction mécanique, les applications de l'électricité. Des groupements meilleurs ont été inaugurés pour les autres matières de l'enseignement. Le

travail des élèves s'est trouvé développé, autant que Possible sans surcharge, grâce à un nouvel emploi du temps et à certaines facilités intérieures.