Annales des Mines (1881, série 7, volume 19) [Image 173]

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NOTICE NÉCROLOGIQUE SUR M. ROGUE.

11 signale « l'existence, au milieu du massif des grandes « dunes de sable, au sud de Ouargla, entre Aïn Mokhanza

et El Beyyedh, d'une large région plane de 5o kilomètres de longueur, recouverte seulement de dunes « isolées, parallèles, allongées dans la direction du méridien magnétique, et distantes les unes des autres de plusieurs kilomètres. C'est dans la partie orientale de « :cette région que se trouve, dirigé aussi N. S. magnétique, le lit de l'Oued Igharghar, lit sans berges, » etc. Cette découverte est aussi importante au point de vue pratique du chemin de fer transsaharien qu'au point de vue théo-

rique du régime des dunes. Elle prouve qu'on peut aller de Ouargla à El Beyyodh sans avoir une seule dune à traverser; au delà, le pays est libre de sable jusqu'au Soudan.

Entre El Beyyodh et Timassinin, Roche a retrouvé les deux étages crétacés que je venais de constater moi-même dans la région (l'El Golea. Ces deux étages forment deux pla-

teaux calcaires successifs, qui couronnent respectivement deux séries d'escarpements marneux et gypseux. L'escarpement inférieur s'est montré fossilifère à Timassinin ainsi qu'auprès d'El Golea : il est nettement cénomanien. De Timassinin vers le sud-est, la mission a suivi, le long de la vallée des Irharharen, le bord oriental du Tassili ou plateau des Azdjer. Ce plateau est constitué par des grès quartzeux, qui, d'après les fossiles recueillis par Roche, semblent appartenir au dévonien et peut-être au dévonien moyen. Une seconde exploration fut confiée au colonel Flatters.

Il avait à poursuivre vers le Ahaggar le prolongement sud du tracé déja étudié l'hiver précédent depuis Biskra jusqu'à oo kilomètres au sud d'El Beyyodb, soit sur plus de goo kilomètres en Sahara, longueur sur laquelle il s'était montré d'une facilité inespérée. Roche n'hésita pas à repartir. Plus résolu que jamais,

NOTICE NÉCROLOGIQUE SUR M. ROCHE.

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fort de l'expérience acquise, plein de confiance dans le succès, il nous disait, l'automne dernier, au revoir. Lets décembre i 88o, la mission quittait de nouveau Ouargla et s'enfonçait dans le sud. Elle comptait io Français et 82 indigènes, la plupart anciens tirailleurs, avec 3 chevaux, 92 chameaux coureurs ou mehara, et j i8 chameaux porteurs. En route, elle s'augmenta de quelques indigènes. La mission a envoyé quatre courriers. Chacun comprend,

un journal de route, une carte de. l'itinéraire et une note géologique. Grâce à ces précieux documents, témoins de l'ardeur infatigable de nos braves missionnaires, le fruit de leurs découvertes ne sera pas entièrement perdu, et nous pourrons leur élever le monument scientifique auquel ils ont droit.

Voulant explorer, chemin faisant, une région nouvelle, le colonel suivit d'abord une direction intermédiaire entre les itinéraires de sa première mission d' Ouargla vers El Beyymlh et l'itinéaire de la mission Choisy d'Ouargla à El Golea : il remonta, vers le sud-ouest, l'Oued Mya jusqu'à Rassi lnifel (1 8 décembre), puis un important affluent de cette vallée,

l'Oued Insokki, qui vient du sud. D'Hassi

Insokk.i, il se rabattit vers le sud-est, traversant la partie orientale du plateau de Tademayt, jusqu'à la plaine alluvionnaire de Mesegguem (6 janvier). Dans une lettre datée d'Hassi El Mesegguem, Roche me

parlait de la géologie des régions parcourues. Il décrivait le plateau de Tademayt, qui est crétacé, ainsi que nous le pensions. Il était plein d'entrain. Quant au danger, il n'y pensait guère.

D' Hassi El Mesegguem, la mission, continuant vers le sud-

est, traversa la partie occidentale du plateau de Tinghert, où elle retrouva les deux étages crétacés signalés plus haut. Puis, de l'autre côté de la plaine alluvionnaire d'Ajemor, elle s'engagea dans l'extrémité sud-ouest des monts Ira ouen, formés par des grès dévoniens, au delà desquels