Annales des Mines (1881, série 7, volume 19) [Image 70]

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MESURE EXACTE DES HAUTES PRESSIONS

en une sphère d'agate; ce procédé n'a pas mieux réussi que les deux précédents.

En résumé, ce qui a fait échouer jusqu'à présent l'emploi des soupapes pour la mesure des hautes pressions, c'est la présence de la surface de portée, qui fait varier sensiblement le moment de la levée de la soupape. Enfin, nous devons signaler ici une deuxième méthode, proposée par M. Marcel Deprez et exécutée par M. Bourdon;

cette méthode est une application d'un principe découvert par M. Taurines, inventeur d'ingénieux appareils servant à enregistrer le travail des machines ; il a fait remarquer que lorsque deux corps glissent l'un sur l'autre, le frottement peut se décomposer dans diverses directions proportionnellement aux vitesses dans ces directions. Ce principe a été appliqué à la construction d'une soupape se composant d'un piston A (Pl. I, fig. 2) se mouvant dans le cylindre, le joint B étant fait au moyen d'un cuir ou d'un presse-étoupe; puis, pour diminuer la valeur du frottement dans le sens vertical, on faisait tourner le piston rapidement sur luimême au moyen d'une poulie C; de cette façon le frotte-

ment vertical est d'autant plus faible que la vitesse est plus grande ; cet appareil n'a pas été beaucoup employé parce qu'il est très délicat. Comme c'est la surface Emploi de la soupape à fuite. de portée qui est cause de l'erreur, il m'est venu à l'idée de la supprimer et d'employer une soupape complètement cylindrique (PI. I, fig. 3) ; c'est une sorte de piston C par-

faitement tourné, et qui peut se mouvoir dans un trou parfaitement alésé dans une pièce d'acier B. J'ai supprimé toute espèce de garniture autour du piston, en laissant l'eau s'écouler librement par la fuite. Depuis le moment où j'ai fait exécuter cette soupape, j'ai appris qu'on avait déjà plusieurs fois essayé de mesurer les hautes pressions au moyen d'un piston sans garniture, mais

ET FROTTEMENT DES CUIRS EMBOUTIS, ETC.

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ces essais n'ont pas passé dans la pratique, probablement parce qu'on n'était pas fixé sur les causes d'erreurs; on verra plus loin qu'elles sont toutes évaluées dans ce travail et qu'on peut avoir la plus grande confiance dans cet appareil. Il est bon dé remarquer que l'invention du piston à fuite pour mesurer les pressions doit être, en réalité, attribuée à Watt ; on sait que le piston de son indicateur ne porte pas de garniture. En 1857, Redman, officier d'artillerie américain, a eu l'idée d'employer le piston à fuite pour la mesure de la pression des gaz dans les canons. Ces expériences ont été répétées depuis en France nous devons mentionner spécialement les expériences de M. Marcel Deprez et du commandant Sébert sur la mesure de la pression des gaz de la poudre clans les canons ; clans ces essais, un piston à fuite du même genre était employé et donnait la mesure de la pression avec une

grande précision (). Revenons à la description de notre appareil l'eau arrive sous pression par un tuyau A dans la pièce B; une ouverture latérale met l'eau en communication avec les mano-

mètres métalliques qu'on peut avoir à graduer. Le piston

C est ajusté de façon à se mouvoir dans sa gaine sans frottement sensible ; l'effort exercé par l'eau sous le piston C est transmis à un pointeau E qui supporte la charge de la sou-

pape par l'intermédiaire d'un levier. En outre, pour em-

pêcher la soupape de tomber au fond de la pièce B lorsque l'eau n'a pas de pression, la partie supérieure du piston est fixée à une pièce F; cette pièce est munie de deux oreille sur lesquelles viennent s'attacher deux ressorts à boudin constamment tendus et qui supportent le poids du piston C

et du pointeau E (voir la Pl. I, fig. 4, coupe par Gll); c'est alors en limitant la course du levier qu'on limite par cela même la course du piston. (*) Voir le Traité de la poudre, de M. E. Desortiaux.

Dunod, 1879.

Paris,