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2.1 Représentations traditionnelles du XVIe au XVIIIe siècle

Les femmes du De re metallica

Le savant saxon Georg Bauer (1494-1555), dit Agricola, travaille dès 1533 à cet ouvrage, publié en 1556. Il y développe les questions de prospection et d'exploitation des mines (organisation du travail, sécurité, abattage, soutènement, transport, extraction des minerais, ect.). Il expose toutes ses observations sur l'élaboration et la transformation des métaux. Cette oeuvre est illustrée de nombreuses gravures sur bois, dont certaines représentent le travail des femmes. 

Les tâches féminines sont :

  • Le tamisage et le criblage

Pour l'auteur, le tamisage est une opération essentielle, en grande partie réalisée par les femmes : "c'est un jeune homme qui remplit ces cribles des matières à laver et une femme qui secoue le tamis en le tournant alternativement à droite et à gauche, de cette manière les petits morceaux de terre, de sable et de gravier passent au travers (...)".

Autre exemple d'opération, le criblage du minerai : "les gens de Bohème, emploient des corbeilles d'osier, larges d'un pied et demi et parfois d'un demi-pied. Elles ont deux anses par lesquelles on les prend et on les agite dans les baquets ou dans de petits bassins presque pleins d'eau ; tout ce qui tombe dans ce récipient ou dans le bassin est repris et lavé dans un petit plat, élevé par derrière et plat par devant".

Les illustrations du De re metallica sont abondamment légendées, dans un souci pédagogique, ce qui explique la présence de lettres sur les dessins.

  • Le lavage

Il s'agit d'une fonction typiquement féminine, comme le prouve les nombreuses illustrations.

Sainte-Marie-aux-Mines : l'album d'Heinrich Gross

La vallée de Sainte-Marie-aux-Mines compte plusieurs gisements de plomb argentifère exploités depuis le Moyen-Age. Ils appartiennent aux Ducs de Lorraine, qui ont concédé un droit d'exploitation à des sociétés fermières sous le contrôle d'un receveur. En 1529, Heinrich Gross, peintre de Saint Dié, est chargé de réaliser un album illustrant l'organisation et le bon fonctionnement de Sainte-Croix aux Mines pour le présenter au duc (http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Lorraine) Antoine de Lorraine. Le site produisait à l'époque environ une tonne et demi d'argent affiné.

Les gravures de Heinrich Gross sont réputées pour leur réalisme. La première illustration ci-dessous nous montre des femmes, appelées "dobberesses" en train de trier le minerai, assises autour d'une longue table, entourées de sceaux en bois. A gauche de l'image, on voit les femmes en train de laver le minerai. Sur la première et  la seconde illustration, on voit deux femmes qui transportent le minerai sur de petites brouettes. 

Au XVIIIe siècle, le baron de Dietrich, qui s'est rendu à Sainte-Marie-aux-Mines, nous donne une idée du nombre de femme qui y travaillait et de leur salaire : "soixante-quatre laveurs et laveuses à 5 sous 6 deniers". Ce travail effectué par les femmes était très mal payé (en comparaison, le salaire d'un maître mineur était de 24 sous par jour).

 

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Les trieuses et les Laveurs de Minerai
Source: gallica.bnf.fr

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Les pilleurs et passeurs de mine
Source: gallica.bnf.fr

 

 

 

 

 

 

L'art d'exploiter les mines de charbon de terre

Page de titre de l'édition de 1777. 

Au 18e siècle : l'art d'exploiter les mines de charbon de terre, de Jean-François Morand

Jean-François Clément Morand, né en 1726 et mort en 1784, appartient à une célèbre famille de médecins. Au lieu se consacrer à cet art, ce membre de l'Académie des sciences, curieux de toutes les disciplines, rédigea des mémoires très divers : études statistiques, rapport sur les eaux thermales du bassin de Lorraine, ouvrages philosophiques et de nombreuses études sur les mines de charbon de terre.

Ainsi en 1768, il entame la publication de L'art d'exploiter les mines de charbon de terre, un "essai de théorie pratique" sur l'utilisation de la houille, alors appelée "charbon de terre", par opposition au charbon de bois. Il s'est intéressé aux mines de charbon de terre de Liège. Là-bas, les taches qui relèvent de l'apprêt du charbon pour le chauffage sont exclusivement féminines.

Elles s'occupent d'abord du "remuage à la pelle" du charbon, c'est-à-dire "à le passer soit à la claye, soit au crible, à battre le gros charbon pour qu'il n'y en ait pas trop de reste, à enlever celui que l'on veut réserver pour la vente des pelottes". Cela correspond à la figure 1 de la planche LVI n°1 de l'ouvrage.

Les femmes procèdent ensuite au "triplage" du charbon. Cette opération "capitale", représentée sur la figure 2 de la même planche, "consiste à mêler le menu charbon avec les pâtes, (...) de manière à ce qu'ils fassent un seul et même corps". Les "pâtes d'amalgames" utilisées pour l'apprêt sont composées d'argile ou de glaise. Les femmes piétinent le charbon et les pâtes d'argile, "marchent dessus en appuyant à plusieurs reprises". Cette sorte d'ouvrier s'appelle un "marcheux" (et bien que ce soit des femmes à Liège, des hommes oaccupent aussi cet emploi dans d'autres endroits, d'où le terme masculin).

Elles confectionnent enfin des "pelottes" (sortes petits pains de charbon de terre) ou des "hochets" qui sont vendus pour le chauffage. Cette opération est montrée sur la planche LVI n°2. On voit les femmes procéder au moulage du charbon : "chaque femme saisit une forme ou lunette avec les doigts, en passant la main dans la plus petite ouverture, et attire dans le vide du moule par la plus grande ouverture" le charbon. Ces moules, humidifiés au préalable, sont de forme arrondie.

Enfin, l'auteur relève une autre catégorie de travailleuses : les "botteresses", des "femmes qui se chargent de porter les fardeaux (…), la plus forte botteresse de Liège porte 300 livres (poids de Liège), d'un endroit de la ville à l'autre".

Pour conclure, ces différentes illustrations témoignent de la présence des femmes dans les mines européennes et ce depuis les premiers temps de leur exploitation. Dans les années 1760, Gabriel Jars, dans son Voyage métallurgique, estime par exemple qu'environ 15 à 20 % des ouvriers qui travaillent dans les mines de Dannemora en Suède sont des femmes. 

Ces représentations des mines de l'Ancien Régime montrent qu'elles effectuent des taches souvent pénibles (comme porter des charges), peu qualifiées (elles n'ont pas besoin de connaissances en métallurgie), à connotation domestique (comme le lavage) et peu rémunérées. 

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